En français, le mot “thé” désigne une boisson à base de feuilles de théier qui contient de la théine. En coréen, il se traduit par Cha 차, mais attention : ce mot désigne en fait toutes les boissons infusées qu’elles contiennent ou nom des feuilles de thé ! Si on vous sert un “cha” en Corée, il peut donc s’agir d’une multitude de boissons, souvent méconnues du grand public international ! Thé, infusions de céréales, de fleurs, de racines, de graines, de fruits…
Bienvenue dans le merveilleux monde du Cha ~
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Un Peu d'Histoire
J’ai déjà entendu beaucoup de personnes visitant la Corée se plaindre (ou tout du moins s’étonner) de la présence si minime du thé en Corée. En effet, de par sa situation géographique (entre le Japon reconnu dans le monde entier pour son thé vert et la Chine dont la culture du thé a été classée patrimoine immatériel mondial), la faible présence apparente du thé au pays du matin calme à de quoi surprendre !
Pourtant un rapide coup d’œil en arrière permet de se rendre compte que l’histoire du thé en Corée remonte à presque 2 millénaires.
Selon la légende du roi Suro, l’un des fondateurs de la confédération de Gaya (42–567), les premiers plants de théier auraient été amenés par sa reine venue d’un pays très lointain souvent désigné comme le Sud de l’Inde.
Une autre version (sûrement plus proche de la réalité) raconte qu’ils sont arrivés sur la péninsule avec le bouddhisme entre le 6e et le 8e siècle, vraisemblablement ramenés de Chine par des moines.
Quelle que soit la véritable version, les premières plantations furent installées sur les pentes de la montagne Jirisan dans le Sud de la péninsule. Durant la période des Trois Royaumes (du Ier au VIIe siècle), sa rareté en faisait une boisson de luxe, destinée à la noblesse et aux familles royales.
Avec l’avènement du bouddhisme, sa culture s’est de plus en plus développée autour des monastères et c’est durant la dynastie de Goryeo (918-1392) que la culture du thé a atteint son apogée en Corée. À cette période, le bouddhisme était la religion d’État et la consommation du thé était donc intimement liée à la pratique de la méditation, d’abord chez les religieux, puis aux laïcs.
C’est à cette période que l’étiquette de la cérémonie du thé coréenne est inventée. Il revêt une importance telle que le thé prend une place primordiale dans les offrandes faites aux dieux et aux ancêtres. Le fameux Charye 차례 (encore pratiqué aujourd’hui) signifie littéralement “rite du thé”, témoignage indéniable de l’importance de la boisson à cette époque. Cette culture florissante a aussi favorisé la production de poteries en céladon. Ce céladon a fait la réputation du royaume et était reconnu pour sa grande qualité même à l’étranger…
Avec la chute de cette dynastie, le royaume de Joseon prend un grand virage idéologique et promeut la pensée confucéenne à la place du bouddhisme. Les temples et les religieux sont repoussés en dehors des villes, les grandes plantations sont taxées et la pratique du bouddhisme (et de fait la consommation de thé) est dénigrée. Également, les potiers qui avaient fait la gloire du pays sont raflés par les Japonais durant la guerre d’Imjin (1592–1598), mettant fin à plusieurs siècles de tradition artisanale au service de la culture du thé en Corée. (À noter que cela marquera en revanche un renouveau de la céramique du thé au Japon.)
Certes, le thé jouit de quelque temps plus cléments, où des lettrés en font les louanges, permettant une meilleure concentration pendant les études. Mais cela se résume à de courtes périodes et à des cercles aisés assez restreints. De manière plus générale, le thé se fait de plus en plus rare dans la culture populaire, les plantations disparaissent les unes après les autres et seuls quelques temples cultivent encore des plants sauvages pour leur consommation personnelle. Aussi, il est remplacé par de l’alcool dans les cérémonies officielles. De fait, il devient presque étranger au pays !
La production du thé en Corée ne reprend vraiment que pendant la colonisation japonaise (1910–1945). Les plantations du Sud les plus florissantes sont ramenées à la vie dans le but d’accroître la production de thé vert très apprécié des Japonais. La production reste cependant assez anecdotique comparée aux productions de ses pays voisins et les fermes peinent à intéresser après la libération une population qui a perdu l’habitude de consommer du thé au quotidien… Aujourd’hui pourtant, une nouvelle génération cherche à redonner ses lettres de noblesse au thé coréen. Les fermes se concentrent plus sur une production de grandes qualités plutôt que sur la quantité et de plus en plus de lieux de dégustation s’ouvrent dans les quartiers huppés des grandes villes. Si pour l’instant, cela peut sembler encore un peu réservé à des initiés, il semble que le thé en Corée à de belles années devant lui.
Jeda, l’art de faire du thé
Les plantations de thé en Corée du Sud sont aujourd’hui concentrées sur les pentes du mont Jiri, aux alentours des districts de Boseong et de Hadong ainsi que sur l’île de Jeju.
Cela est dû comme nous venons de le voir à son histoire, mais aussi à la géographie de la péninsule. Car contrairement à ses voisins, les terres coréennes ne sont pas vraiment adaptées à la culture du thé en premier lieu !
En effet, le théier est une plante sensible aux trop grands écarts de températures. Le climat continental de la péninsule (très froid-sec en hiver et très chaud-humide en été) n’est donc pas optimal. De plus, le théier à aussi besoin d’un sol acide, assez meuble. De telles caractéristiques ne se retrouvent qu’à l’extrémité sud de la péninsule, où le gel des sols est moins fréquent et donc plus fertile pour la plante.
En Corée, l’écrasante majorité de la production est du thé vert (appelé Nokcha 녹차 en coréen), c’est-à-dire des feuilles fraîchement cueillies et non fermenter. Les feuilles sont donc récoltées au printemps, d’avril à mai. Elles sont divisées en 5 catégories : Woojeon 우전, Sejak 세작, Jungjak 중작, Daejak 대작 et Maljak 말작.
Woojeon sont les premières feuilles, récoltées avant goku, la sixième période traditionnelle de l’année (autour du 20 avril). Elles sont considérées comme les feuilles les plus raffinées, ce qui lui vaut le surnom de champagne du thé. Sa rareté en fait le thé le plus cher sur le marché coréen ! (on parle généralement d’environ 100€ les 100g…). Mais ses arômes sont très furtifs : ils se dissipent aux bouts de quelques mois et supportent mal le conditionnement… Il vaut donc mieux faire le déplacement sur le lieu de la cueillette à la bonne époque pour le déguster dans les meilleures conditions !
Sejak désigne les feuilles cueillies entre Goku et Ipha (à peu près entre le 20 avril et le 5 mai). Elles sont considérées d’une qualité inférieure au Woojeon par les experts, mais pour des novices, la différence est assez minime. En revanche, son prix est beaucoup plus abordable et ses arômes tiennent beaucoup mieux dans le temps !
Jungjak, Daejak et Maljak enfin, désignent les feuilles cueillies après Ipha (après le 5 mai). Plus particulièrement 10 jours après Ipha pour Jungjak, les 10 derniers jours de mai pour Daejak et à la toute fin de la saison pour Maljak. Elles sont plus grosses et de qualités plus ordinaires et, de fait, elles sont rarement mentionnées sur les emballages…
Une fois ramassées, les feuilles subissent un processus de cuisson très particulier afin de faire ressortir toute la complexité de leur goût et leur odeur ainsi que d’assurer leur conservation. Par portion, les feuilles sont rapidement torréfiées dans un chaudron à plus de 300° afin de faire disparaître toute trace d’humidité. Il est important de constamment remuer les feuilles à la main pour éviter qu’elles ne brûlent ! Si cette étape est bien effectuée, elles gardent une jolie couleur verte alors que les feuilles trop ou pas assez cuites tournent jaune, brunâtre voir noir dû à l’oxydation ! Une fois les feuilles retirées du feu, on les presse contre un tapis de paille pour casser la fine membrane extérieure afin d’en dégager plus facilement les arômes et de faire sortir l’humidité restante. Enfin, on les fait sécher sur une natte au soleil ou sur du papier traditionnel dans une pièce chauffée. Ces étapes peuvent être répétées plusieurs fois si nécessaire et selon la qualité des feuilles.
Parfois, les feuilles les plus grosses (en fin de récolte) sont mises à fermenter une journée avant d’être torréfiées. Cela permet de faire ressortir encore plus de saveur de ses feuilles naturellement moins riches en arômes.
Darye, l’étiquette du thé
Si la cérémonie du thé japonaise est connue à l’international, son homologue coréen est presque tombé dans l’oubli… Pourtant les deux, bien que comportant des similitudes, sont distincts et reflètent les différences culturelles entre les deux pays.
En Corée, on distingue 3 cérémonies : le darye royal, le seonbi darye et le darye entre amis. Le premier est, évidemment, le plus formel. Il peut durer jusqu’à 8 heures ! Le deuxième était pratiqué entre seonbi, les lettrés confucéens, et restait encore une fois très solennel et silencieux. Le dernier enfin était le plus pratiqué, souvent dans le cadre intime, et bien moins prise de tête. C’est celui qui est toujours pratiqué aujourd’hui.
Un service à thé complet comporte : des tasses et des sous-tasses, un bol de refroidissement, un bol pour les déchets, une théière et un reposoir pour son couvercle, une boîte à thé avec une spatule, un récipient pour l’eau chaude, un linge propre et un tissu pour recouvrir le tout.
1- L’officiant s’assoit au sol devant une table où tout le service est disposé. Il commence la cérémonie en levant le tissu recouvrant le service et en le pliant soigneusement sur le côté.
2- On verse de l’eau chaude dans le bol de refroidissement que l’on fait ensuite passer dans la théière, puis dans les tasses avant de la jeter dans le bol à déchet. Cela permet de réchauffer la porcelaine afin qu’elle garde plus facilement la chaleur du thé ensuite.
3- On verse de nouveau de l’eau chaude dans le bol de refroidissement qu’on laisse cette fois-ci reposer quelques secondes ou minutes pour en faire descendre la température. Dans le même temps, on dispose d’une petite quantité de thé dans la théière à l’aide de la spatule. (Certains agitent la théière pour que le thé s’imprègne bien de la chaleur du récipient afin de commencer à en dégager les arômes.)
4- Un fois l’eau à la bonne température, on peut la transvaser du bol de refroidissement à la théière. On laisse infuser quelques instants. Puis on fait le geste inverse, on passe l’eau infusée de la théière au bol de refroidissement.
5- Enfin, on est prêt à remplir les tasses puis à les servir à nos invités s’il y en a. La tasse est prise à deux mains. On commence par apprécier l’odeur avant de déguster en 3 gorgés.
6- On peut se resservir plusieurs fois en ajoutant de nouveau de l’eau chaude dans la théière sans en changer les feuilles de thé. Cependant, si le premier service se fait généralement avec de l’eau autour des 60-70°C pour garder la fraîcheur des feuilles, plus on se ressert, plus on peut se permettre d’augmenter graduellement la température de l’eau pour en tirer plus de goût.
7- Une fois terminées, les feuilles de thé sont retirées de la théière avec la spatule (ou des pinces si présentes) et jetées dans le bol à déchets. On effectue ensuite le même procédé que lors de l’étape 2 afin de rincer tous les ustensiles utilisés. Les bols et les tasses rincés sont ensuite retournés vers le bas pour les faire sécher (ou délicatement essuyés avec un linge propre) et on recouvre le tout avec le tissu du début avant de ranger le service.
Le thé était servi lorsque l’on recevait des invités en dehors des repas. Il est accompagné de collations comme des fruits ou des douceurs. Ces collations sont appelées hangwa et dépendent de la saison et du thé servi. Les plus connus sont les dasik (littéralement gâteau pour le thé), des mignardises confectionnées à partir de miel mélangé à de la farine de riz, de châtaigne ou autres. D’autres accompagnements communs sont les yukwa, les yakwa, les gangjeong, les yeot ou encore les ddeok (tout ça mériterait un article à part entière !).
Quelle que soit la cérémonie, l’important était de prendre son temps. Le thé était bu lentement, dans de petites tasses, en trois gorgées. Cela devait amener à la méditation, ou la voie du thé (Dado 다도).
Infusions
En parallèle de tout ça, la tradition culinaire coréenne fait la part belle aux infusions de manière générale. En effet, depuis toujours, les Coréens font infuser toutes sortes de choses autant à des fins médicales que gustatives.
On peut les diviser en 4 catégories : les infusions de fleurs, les infusions de racines, les infusions de céréales et les infusions de fruits. Fait à partir de produits plus accessibles que les feuilles de thé, ces infusions étaient (et sont toujours) particulièrement appréciées par la population. En voici une petite sélection :
Infusions à fleurs
Chrysanthème – 국화차 (Gukhwacha)
Les fleurs de chrysanthèmes sont récoltées et séchées à la fin de l’automne. Cette infusion est réputée pour ses propriétés relaxantes pouvant aider à l’endormissement ou à la concentration. Elle est donc recommandée aux personnes anxieuses, aux étudiants et ceux ayant besoin de repos.
Fleur de lotus – 연꽃차 (Yeonkkotcha)
Il s’agit d’une infusion que l’on retrouve principalement dans les temples bouddhiques pour sa symbolique religieuse. Une fleur entière est délicatement disposée dans l’eau chaude, symbolisant l’éveil spirituel. Cette infusion est connue pour purifier le sang des toxines.
Magnolia – 목련꽃차 (Mokryeonggotcha)
Cette infusion est utilisée comme remède naturel aux problèmes digestifs, aux rhinites et aux inflammations. On utilise des boutons récoltés avant leur éclosion.
Fleur de pêcher – 도화차 (Dohwacha)
Les pétales sont ramassés au printemps et séchés avant d’être conservée dans du papier. Préviens la constipation et les calculs rénaux.
Fleur d’abricotier – 매화차 (Maehwacha)
Il s’agit d’une infusion populaire au printemps. Les fleurs sont récoltées avant qu’elles ne soient complètement ouvertes pour garder leur fraîcheur. Après avoir été séchées, elles sont souvent conservées dans du miel.
Infusions de racines
Gingembre – 생강차 (Saenggangcha)
Conservée dans le miel, elle sert à donner un coup de boost au métabolisme. Recommandée pour combattre les virus de l’hiver, sa petite touche épicée permet de garder le corps chaud.
Cannelle – 계피차 (Gyepicha)
Des bâtons entiers de cannelle sont infusés pour obtenir cette infusion. Bien souvent, on l’agrémente d’une touche de gingembre pour le relever et de dattes pour le décorer. (Vous pouvez aussi ajouter une pincée de sucre ou de miel pour l’adoucir.) Il stimule l’appétit et réduit la fièvre.
Ginseng – 인삼차 (Insamcha)
On le retrouve généralement sous forme de poudre ou de granules. Le ginseng coréen étant rare et réputé, les prix peuvent donc rapidement s’envoler ! Véritable Panacée de la médecine traditionnelle coréenne, le ginseng est réputé pour assurer une vitalité à toute épreuve. Il agit sur le cerveau, les défenses immunitaires, la circulation sanguine… Attention par contre, il n’est pas recommandé à la consommation pour les enfants et adolescents et requiert un avis médical si vous êtes médicamenté pour éviter des effets indésirables.
Sceau-de-Salomon – 둥굴레차 (Donggullecha)
Le sceau-de-salomon est une plante qui ressemble à du muguet. Ses baies sont toxiques, mais ses racines sont utilisées en infusion pour ses vertus cicatrisantes et anti-inflammatoires. Elle peut aussi réduire l’insomnie et les crampes menstruelles.
Racine de lotus – 연근차 (Yeonguncha)
Cette infusion est préparée à partir de racines de lotus séchées, soit coupées en lamelles soit réduites en poudre. Elle aurait des effets bénéfiques sur la digestion et la pression sanguine.
Infusions de céréales
Coix lacryma-jobi – 율무차 (Yulmucha)
Connue sous plusieurs noms chez nous (grain de Job, larmes-de-Job, l’herbe à chapelets, …), cette espèce de céréales est très répandue en Asie. Ses grains sont torréfiés puis réduits en poudre avant d’être consommés sous forme de liquide épais, parfois agrémenté de fruits secs comme des noix. Hyperprotéiné, il est l’allié des petits creux ! (Il est souvent vendu dans les distributeurs automatiques de café !)
Sarrasin – 메밀차 (Memilcha)
Les graines de sarrasins sont torréfiées avant d’être infusées. Il est connu pour améliorer la circulation sanguine et prévient l’apparition des varices.
Orge – 보리차 (Boricha)
Il s’agit de l’infusion la plus populaire en Corée. Fabriquée à partir de grains d’orge, elle est consommée chaude ou froide. Avec l’avantage d’être peu cher, on la trouve à toutes les tables (elle remplace même parfois l’eau claire dans les restaurants). Elle est particulièrement désaltérante et peut être bue à n’importe quelles saisons par n’importe qui.
Maïs – 옥수수차 (Oksusucha)
De la même manière que pour les céréales précédentes, le maïs est torréfié avant d’être infusé. Il est parfois mélangé au Boricha pour lui donner une saveur plus sucrée.
Riz complet – 현미차 (Hyeonmicha)
Cette infusion est préparée à partir de riz bruns. Les grains sont lavés avant d’être toastés et enfin infusés. Elle est particulièrement appréciée froide pendant les mois d’été. (Attention aujourd’hui, la plupart des Hyeonmicha que l’on trouve dans le commerce sont en fait des mélanges avec du thé vert, 현미녹차, et ressemblent au Geinmacha japonais.)
Infusions de fruits
Baie de Goji – 구기자차 (Gugijacha)
Les baies de Goji sont séchées avant d’être plongées dans l’eau chaude pour créer cette infusion. En médecine douce, elle est utilisée pour soulager les yeux et le stress.
Graine aux 5 saveurs – 오미자차 (Omijacha)
Cette baie tient son nom du fait qu’on renfermerait les 5 saveurs de base : le sucré, le salé, l’amer, l’acide et l’umami ! C’est considéré comme une boisson délicate qui jadis était consommée essentiellement par l’élite. Consommée froide et avec une touche de miel, elle est particulièrement connue pour être une douceur d’été. (Vous pouvez le trouver sous la forme de sachets de thé, mais aussi en sirop, ce qui permet de l’utiliser dans des desserts ou des cocktails).
5 fruits – 오과차 (Ogwacha)
Cette infusion est obtenue en mélangeant 5 fruits en purée : des dattes, du kaki séché, des fruits de Ginkgo, des noix et des marrons. On peut aussi y ajouter une pincée de gingembre et de miel pour relever le tout. Il est particulièrement apprécié pendant les mois d’hiver comme une boisson réconfortante et réchauffant le corps.
Yuja – 유자차 (Yujacha)
Cette tisane est faite à partir de tranche de yuja (un agrume coréen) confits dans du miel. C’est l’un des produits phare de la Hallyu (la vague coréenne) et tous les aficionados de la Corée le connaissent. Il est pourtant très ancien : on raconte qu’il s’agissait de la boisson préférée du roi Sejong ! Elle aide à soigner les gorges enrouées, les digestions difficiles et même les gueules de bois. Elle est aussi une grande source de vitamine C et est par conséquent beaucoup consommée en hiver.
Le yujacha est obtenu à partir de Cheong (marmelade) de Yuja. On en trouve de nombreuses variantes : traditionnelles comme avec des prunes (Maesil), des dattes (Daechu), des coings (Mogwa), du gingembre (saenggang).. Mais aussi plus modernes avec des fruits de la passion ou du pamplemousse ! Le plus : ces marmelades peuvent servir de tisanes, mais s’incorporent aussi très bien à des desserts, un yaourt et même des cocktails !
Toutes ses tisanes sont donc traditionnellement sans feuilles de thé (et donc de théine). Mais de nos jours, avec la globalisation des produits et des goûts, de nombreuses nouvelles saveurs sont disponibles. Les marques proposent de plus en plus des mélanges et de thé “aromatisé” (aux fruits, aux fleurs…).
Mais certains “classiques” comme le boricha, le donggullaecha et le oksusucha sont indémodables et présents sur toutes les tables. On en trouve à toutes les supérettes et elles sont parfois servies à la place de l’eau plate dans les restaurants.
Comment en profiter ?
Aujourd’hui, la consommation de thé est très largement dépassée par celle du café en Corée. Bien que très récent, les Coréens sont devenus en un rien de temps accros au AA, le fameux Ice Americano (prononcé A-i-sseu Americano en Coréen). Mais, à l’instar du café et du vin, de plus en plus de personnes s’intéressent à l’art du thé (le fameux Dado évoqué précédemment), prenant le temps de se renseigner sur la provenance, les techniques de productions, les arômes… Véritable hobby, il offre une véritable bulle d’air dans un quotidien effréné…
En Corée
Dabang et autres Salon de thé
Littéralement, Dabang signifie “la pièce pour le thé”. Ce genre d’institution est apparu au tout début du XXe siècle et a connu beaucoup de changements depuis… À l’origine, les dabang étaient des lieux de rencontre, servant du thé et du café, où les artistes et les amoureux se retrouvaient pour parler. Gagnant de plus en plus en popularité, les travailleurs se sont ajoutés à cette population, trouvant dans ces endroits le lieu parfait pour discuter business calmement. Mais, au fil du temps, le café se faisant de plus en plus accessible (notamment avec le café instantané et les machines bon marché) les dabangs ont progressivement été délaissé, jugé de plus en plus ringard… Les propriétaires se sont donc dirigés vers un style un peu différent. Beaucoup ouvraient tard dans la nuit, proposant des services de prostitutions sous couvert de “livraisons”, donnant une signification beaucoup moins rose à l’appellation Dabang… De nos jours, certaines de ces institutions existent toujours bel et bien (attention où vous mettez les pieds donc !), mais une nouvelle génération de passionnés de la boisson s’efforcent de redonner ses lettres de noblesse aux Dabang. Bien souvent, ces salons “remastérisés” possèdent une ambiance rétro, passent de la musique des années 50 à 80 et sont des lieux privilégiés par les artistes.
Dans un autre style, le développement des coffee shops a amené l’essor de lieux servant uniquement du thé (souvent appelé “maison de thé” 찻집 en opposition et pour éviter le lien avec les Dabang) commencent à apparaître ici et là ! Ces lieux offrent des endroits de relaxation où on peut venir faire une pause. Ce qui colle parfaitement avec la vision traditionnelle coréenne de l’alimentation et la consommation du thé !
Aussi, de plus en plus d’endroits proposent de participer à une cérémonie du thé traditionnel. Des lieux historiques comme Unhyeongung ou Gyeongbokgung, mais aussi lors de festivals ou plus simple dans des temples offrent ce service (tantôt gratuit, tantôt payant).
Si vous cherchez à en ramener dans votre valise, vous pouvez trouver bon nombre d’infusions pour pas très cher dans les supermarchés. Si vous voulez vraiment du thé ou quelque chose de particulièrement qualitatif, des boutiques spécialisées existent aussi dans la capitale. À Insadong notamment, vous pourrez en trouver plusieurs qui vendent à la fois des services à thé et des infusions (소슬다원). Pour le thé par contre, ça risque d’être plus compliqué à trouver malheureusement… Le plus simple est de se rendre directement à une plantation de thé !
Visiter une plantation
Boseong (dans la province de Jeolla du Sud) est connu comme le centre névralgique de la production de thé en Corée du Sud. Couvrant 600 hectares, c’est pas moins de 40% du thé coréen y est récolté chaque année !
La ferme la plus vaste, Daehan Dawon, est ouverte au public. Vous pouvez déambuler entre les plants, assister aux cueillettes, déguster des pique-niques au milieu des champs… Le lieu est très connu sur les réseaux car très photogénique (il a même servi de décor à plusieurs drama!). C’est sans nul doute une expérience unique !
Comptez 4,000 ₩ pour l’entré du site.
À quelques pas de la ferme, vous trouverez un musée consacré au thé, le plus important du pays. De quoi être incollable sur le sujet ! Petit plus : le dernier étage offre une vue panoramique sur la plantation voisine ~ (Comptez 1,000 ₩ pour l’entré.)
En période haute (courant mai), le Boseong Green Tea Festival y est organisé. En plus de la cueillette et de la préparation du thé, les visiteurs peuvent profiter d’événements spéciaux comme des séances de yoga, des cours de cuisine (avec du thé), des cérémonies du thé, des jeux et des performances. En période basse (vers décembre), les champs s’illuminent à la tombée de la nuit durant le Boseong Tea Plantation Light Festival. Une manière de découvrir la plantation sous un nouveau jour.
Si vous êtes de passage, n’hésitez pas à tester les spécialités de la région : le porc nourri au thé vert, connu pour offrir une viande très tendre, pauvre en cholestérol.
Non loin de Boseong, vous pouvez aussi assister au Hadong Wild Tea Festival tous les ans au mois de mai. Ce festival est réputé pour ses dégustations et la vente de thé de grandes qualités. Si vous êtes intéressé, c’est sûrement ici que vous trouverez les meilleurs thés du pays à des prix très avantageux !
Sur l’île de Jeju, la plantation de la marque O’sulloc et son musée vous feront découvrir l’histoire et la tradition du thé en Corée. Cette marque relativement récente, est devenue très vite populaire grâce à un visuel soigné et des saveurs modernes. Juste à côté, vous trouverez aussi la Innisfree’s Jeju House (O’sulloc et Innisfree appartiennent au même groupe, la plantation sert donc aux deux!). Si vous êtes K-beauty addict, ce lieu est incontournable, car c’est ici que sont confectionnés certains des produits de la marque (dont plusieurs qui ne sont même vendus que sur place !). On peut aussi y faire son propre savon avec des ingrédients de l’île !
(L’entrée des deux lieux est gratuite, mais attention à votre porte-monnaie, vous risquez fortement de ne pas repartir les mains vides !)
À l'international
Comme le thé coréen n’est pas encore très connu à l’international, il n’est pas toujours facile d’en trouver en dehors de la péninsule…
Si vous avez une épicerie asiatique pas loin de chez vous, vous pouvez peut-être espérer trouver des marques de supermarché (souvent, on trouve des infusions au Yuja, des infusions thé vert – riz complet et de l’infusion d’orge).
Certaines marques plus huppées sont disponibles sur Internet comme O’sulloc sur le site mapetitecorée.com. Mais attention aux frais de port qui peuvent être élevés sur des sites hors UE…
Quelques autres marques pour vous y retrouver : Dongseo (qualité standard, pas très chère, disponible dans tous les supermarchés), Dahada (qu’on voit de plus en plus, avec un panel de choix intéressant et qui s’éloigne parfois un peu du traditionnel mais très coréen même), Danongwon (une marque qui se veut bio tout en restant abordable, trouvable en supermarché)
Attention : N’achetez pas de Thé Ujeon en dehors de Corée ! Comme expliqué plus tôt, c’est un thé très délicat et qui supporte mal le conditionnement et les longs transports… Il sera tout à fait comestible, mais il aura perdu toute sa complexité. Pourtant certains sites peu scrupuleux vous le proposent à des prix indécents…. Si vous voulez vraiment faire l’expérience du thé coréen d’exception, prévoyez plutôt un voyage dans le sud de la Corée courant Mai.
Enfin, récemment, plusieurs maisons de thé françaises se sont intéressées au thé produit en Corée. Mariage frères, Damman et Palais des thés proposent aujourd’hui des thés verts 100% coréen.
Sources
The Korean Way of Tea : an Introduction Guide par Hong Kyeong-hee et Anthony de Taizé ; Korean Tea and Tea Garden Guide par Esther Yoo ; Korea Tourism Organization ; Korea Travel Post ; Korea Travel Post ; Korea Travel Post ; Korea Heritage Service ; Corée Culture n°85 ; Encyclopedia of Korea Culture ; Hadong County ; Boseong-gun ; Hadong County ; The Korea Society ; Wikipedia ; Wikipedia ; Korea Tea Guide ; Korea Foundation ; Korea Foundation ; Korea Foundation ; Academy of Korean Studies
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