“Ce pays n’a pas d’avenir. Ce pays ne se relèvera pas même après une centaine d’années…” MacArthur, général américain à la tête des forces des Nations Unis lors de la guerre de Corée.
Et bien, il ne pouvait pas avoir plus tort ! En quelques années à peine, la Corée du Sud réussit à passer de l’un des pays les plus pauvres au monde à puissance internationale ! Ce qu’on appelle plus communément Le Miracle du Fleuve Han vient en grande partie d’un seul homme : Park Chung-hee, président de la Corée du Sud de 1963 à 1980. Mais si son ère fut marquée par un succès économique indéniable changeant à jamais le pays, il ne fut pas sans accrocs…
Sommaire
ToggleSa Genèse
Park Chung-hee est né en 1917 dans une petite ville près de Daegu, dans une Corée contrôlée par l’empire japonais. Sa famille était d’origine noble mais très pauvre et Park a très tôt exprimé son envie de quitter la campagne pour s’élever socialement. On raconte que dès petit, il s’était forgé une sincère admiration pour des figures militaires fortes telles que Napoléon, ce qu’il l’aurait poussé à choisir cette voie.
À la sortie du lycée, après avoir brièvement travaillé comme instituteur, il se tourne donc vers l’académie militaire japonaise dont il ressort major de sa promotion. Il servit ensuite dans l’armée impériale en Mandchourie lors des derniers mois de la Seconde Guerre mondiale. Cette expérience quoique succincte a été très formatrice pour le jeune homme qui en retira une montre en or de l’empereur Hirohito pour ses services, une légitimité dans l’armée et ses principes de rigueur et de droiture.
Le pays libéré de l’emprise japonais, Park retourne à l’académie militaire, coréenne cette fois-ci, d’où il ressort diplômé en 1946. Mais il est arrêté 2 ans plus tard par le tout nouveau gouvernement sud-coréen qui le suspecte de communisme. Son frère est mis à mort mais lui est finalement gracié et simplement exclu de l’armée.
Lorsque la guerre de Corée éclate, le gouvernement est bien obligé de le rappeler (ainsi que les autres gradés de l’armée impériale japonaise) car son armée manque d’effectifs… Il est alors chargé d’organiser les arrières et monte progressivement en grade jusqu’à devenir major général en 1958.
L'Accès au Pouvoir
Contexte
À la sortie de la guerre en 1953, la Corée du Sud est le pays le plus pauvre au monde. Le gouvernement dictatorial de Rhee Syngman fait peu d’effort pour développer l’économie qui reste fondamentalement agricole et est profondément minée par la corruption. Ce manque de développement va entraîner des soulèvements populaires qui demandent une restructuration politique et économique du pays ainsi que le départ de l’élite dirigeante, ceux qu’on appelle les “aristocrates libérateurs” arrivés au pouvoir grâce au soutien américain.
Les choses dégénèrent en Avril 1960 après que le corps d’un étudiant tué par une bombe à gaz lacrymogène lors de manifestations contre la réélection truquée de Rhee un mois plus tôt fut découvert dans le port de Masan. Le soulèvement, bien que violemment réprimé dans un premier temps, est tellement important que Rhee est obligé de démissionner et de s’exiler à Hawaï.
La deuxième république de Corée du Sud est proclamée, le pays adopte un régime parlementaire et Yun Po-sun est élu président.
Deuxième république
Mais les débuts de cette nouvelle république sont très chaotiques. L’économie se détériore à cause d’une lourde inflation et de l’augmentation du chômage et de la criminalité. (De décembre 1960 à avril 1961, le prix du riz augmente de 60% tandis que le taux de chômage dépasse les 23%). Le parti au pouvoir est divisé et ne réussit pas à gérer la crise alors que les manifestations étudiantes continuent.
C’est à ce moment que Park Chung-hee apparaît sur le devant de la scène. Soutenu par des anciens officiers de l’armée impériale, il forme le Conseil suprême pour la reconstruction nationale (SCNR) et mène un coup d’État. Le 16 mai 1961, Park Chung-hee renverse le gouvernement tout en gardant le président Yun Po-sun pour assurer la transition. Ce dernier finit par donner son appui aux insurgés et servit à obtenir l’agrément des Américains, leur affirmant que le pays avait besoin d’un “gouvernement fort”.
« Nous attendions du gouvernement civil qu’il ramène l’ordre dans le pays. Mais les ministres et le Premier ministre se sont enlisés dans la corruption, menant le pays au bord du gouffre. Nous devons nous lever contre le gouvernement pour sauver le pays. Nous pouvons parvenir à nos fins sans bain de sang. Rejoignons l’armée révolutionnaire pour sauver le pays. »
Discours de Park Chung-hee à ses soldats avant de lancer le coup d’État.
Troisième république
Face à la pression des États-Unis pour restaurer un gouvernement civil, une nouvelle constitution fut adoptée et des élections furent organisées en octobre 1963. Park Chung-hee, qui exerçait jusqu’alors de facto le pouvoir, les gagnent haut la main. Il peut donc poursuivre sa politique amorcée avec son coup d’Etat à savoir renforcer les liens avec les Etats-Unis, combattre le communisme et moderniser l’économie.
Tout juste élu, il procède à un grand “nettoyage” : des milliers de fonctionnaires sont licenciés, les opposants sont emprisonnés ou interdits d’activités politiques, les trafiquants et les hommes corrompus sont arrêtés… Il réorganise l’administration en plaçant aux postes importants des militaires dans le but d’inspirer la discipline.
Politique et Miracle du Fleuve Han
Lorsque Park Chung-hee arrive au pouvoir, le pays est toujours parmi les plus pauvres au monde. Il s’est fait distancer par la Corée du Nord qui a de son côté réussi à se développer rapidement après la guerre.
Il va complètement remanier la politique du pays en puisant son inspiration dans l’ère Meiji du Japon pour développer et moderniser rapidement le pays. Sa stratégie va se concentrer sur deux points : renforcer l’économie intérieure et exporter au maximum.
Pour ce faire, il va notamment faire construire des lignes de métro ainsi qu’une autoroute entre les deux villes les plus importantes du pays, Séoul et Busan. D’abord jugé beaucoup trop onéreux pour le pays, cet axe va permettre de réduire le temps de trajet de 15 à 5h, permettant de fluidifier le transport des marchandises et contribuant fortement à l’essor économique.
Plans quinquennaux
En 1962, avant même d’être élu président et alors que la 2e République n’est pas encore finie, Park Chung-hee va lancer un plan quinquennal visant à poser les bases d’une économie autonome.
L’accent est mis sur les industries de matières premières telles que la raffinerie, la cimenterie et les engrais ainsi que sur les infrastructures indispensables telles que l’électricité, le réseau de chemin de fer, les ports et la télécommunication. Le plan visait aussi à augmenter les productions agricoles et industrielles pour permettre l’export. À l’inverse, l’import tant agricole qu’industrielle était très limité pour garder une balance bénéficiaire (il était par exemple interdit d’importer du riz).
Associé aux investissements dans le médical, le social et l’éducation, le pays a réussi à repousser l’espérance de vie de ses citoyens ainsi qu’à drastiquement baisser le taux de mortalité infantile. Fort du succès de ce premier plan, Park renouvela l’expérience tout au long de ses mandats.
Le deuxième plan (67-71) se concentra plus sur les industries lourdes (acier et pétrochimie) pour rendre le pays compétitif sur le marché mondial. Le troisième (72-76) renforça encore ces industries tout en amorçant un virage vers les nouvelles technologies, la construction navale et la machinerie. Avec la menace nord-coréenne, ce plan avait pour but de réduire la dépendance militaire du pays envers les États-Unis en renforçant ses forces armées. Le quatrième plan (77-91) sera le dernier à mettre l’importance sur les industries secondaires avant que le pays ne se tourne complètement vers l’électronique.
Pour mener à bien ces plans, le gouvernement va se reposer sur une poignée d’entreprises capables d’atteindre les objectifs de production, leur accordant un soutien financier et une domination du marché interne : c’est la naissance des Chaebols.
Les Chaebols
Les Chaebols sont des conglomérats industriels dirigés par une même famille sur plusieurs générations qui furent le principal moteur de croissance de l’économie sud-coréenne. La plupart sont nés durant l’occupation japonaise ou juste après et on sut se développer rapidement en faisant des choix économiques stratégiques. Mais c’est grâce à la politique de Park Chung-hee que ces entreprises vont vraiment prendre de l’importance.
Les plans quinquennaux étaient très en faveur des Chaebols : en plus d’investir de l’argent dans leurs filiales, le gouvernement leur assurait des allègements fiscaux ainsi que de nombreuses aides et les contrats les plus importants (comme par exemple la construction de l’autoroute reliant Séoul à Busan pour Hyundai). Ces faveurs vont permettre à ces sociétés déjà importantes de diversifier leurs activités. De plus, la limitation de l’import leur permettait d’avoir une quasi complète domination du marché sud-coréen.
Leur croissance fulgurante a beaucoup profité au PIB du pays et par ruissellement à ses citoyens. Parmi ses entreprises, on trouvait LG, Hyundai, Samsung, Lotte, Hanhwa, SK…. Et qui sont encore aujourd’hui très présente dans le paysage économique sud-coréen.
Relation avec le Japon
À la fin de la 2de guerre mondiale, la question de la colonisation japonaise du territoire coréen n’avait pas été abordée dans les traités de paix et la situation diplomatique entre les deux (puis trois) entités était restée compliquées et floues.
À l’inverse du président Rhee Syngman, profondément anti-japonais, Park Chung-hee ayant été formé par l’armée nippone, il était plus enclin à faire la paix avec son voisin. De plus, cela allait dans le sens de sa politique d’exportation. En normalisant les rapports entre les deux pays, le but était de permettre aux biens et aux capitaux d’être échangés plus facilement pour aider l’essor économique du pays.
Ainsi, le président Park Chung-hee signa le traité nippo-coréen en 1965. Dans ce traité, le Japon reconnaît la Corée du Sud comme pays souverain de la péninsule et promet l’assistance japonaise à la croissance coréenne à hauteur de 300 millions de dollars (plus 200 millions de prêts). En échange, la Corée du Sud reconnaît que l’ensemble des problèmes concernant les deux pays sont entièrement réglés de façon définitive.
Bien sûr dans les faits, c’est loin d’être aussi simple ! Beaucoup vont s’y opposer (en vain) en arguant que la délimitation des eaux territoriales n’est que partielle, que la question des ressortissants coréens au Japon n’a pas été abordé, mais aussi (et surtout) que le traité n’évoque aucunement la reconnaissance du passé coloniale ainsi que des réparations de guerre.
Encore aujourd’hui, ce traité pose problème car les Coréens réclament des excuses pour les agissements des autorités nippones sur le territoire coréen pendant l’occupation, ainsi que la reconnaissance de l’île de Dokdo comme territoire coréen. Mais à toutes ces demandes, le Japon reste sur ses positions : les problèmes ont définitivement été réglés en 1965…
Mouvement des nouveaux villages (새마을 운동)
À partir des années 70, Park Chung-hee lance une réforme agricole pour redynamiser les campagnes. Le but était de réduire l’écart de richesse s’étant créé entre les centres-villes et les milieux ruraux.
En s’inspirant de ce qui se faisait durant la dynastie Joseon, cette politique se basait sur une agriculture communautaire où les villages se géraient eux-mêmes. Le gouvernement avançait les fonds et le matériel tandis que les villages fournissaient de la main d’œuvre. Ils étaient divisés en 3 groupes selon leur productivité et leurs objectifs et leurs aides étaient calculées en conséquence (plus une communauté est performante, plus elle recevra de matériel et de support financier).
La réforme permettait aussi d’améliorer les infrastructures rurales avec de nouveaux systèmes d’irrigation, de nouvelles routes ainsi que des bâtiments et des maisons plus modernes.
Mais malgré son succès, le mouvement ne suffira pas à combler l’écart de revenus entre les zones urbaines et rurales et ne résoudra pas le problème d’exode rural.
Un Régime Dictatorial
Mais si toute cette politique porte rapidement ses fruits et transforme radicalement le pays, elle ne vient pas sans son lot de répression. Park Chung-hee défendait l’idée que la Corée du Sud n’était pas prête à être une “nation libre”, du moins pas avant d’avoir acquis une certaine stabilité économique, sans quoi elle serait trop vulnérable.
Beaucoup de facettes de cette période ont marqué le pays de manière négative et ont laissé des traces…
La répression
Dès 1961, Park Chung-hee met en place la KCIA (Korea CIA) autant pour espionner les agissements venus de l’extérieur que pour contrôler la population. Cette police secrète fait taire tous les opposants et la presse est censurée. Un quelconque désaccord avec le pouvoir établi pouvait faire passer un individu pour communiste, un ennemi de la nation. De fait, une simple participation à une grève ou une signature de pétitions entraînaient de la torture et de longue peine de prison.
Un couvre-feu fut établi et de nombreux plaisirs furent soit interdits soit fortement régulés. L’austérité était de mise que ce soit dans les tenues, la musique ou le cinéma. Pour brider la jeunesse contestataire, une campagne “anti rock and roll” fait même interdire les cheveux longs pour les garçons et les jupes trop courtes. On dit souvent que cette période est particulièrement insipide pour les arts coréens…
Mais la KCIA allait même plus loin que le territoire sud-coréen, elle s’attachait aussi à faire bonne figure à l’étranger. De très nombreux pots-de-vin furent versés à des parlementaires et des journalistes américains pour qu’ils véhiculent une bonne image du pays à l’étranger.
Un évènement marquant fut la tentative d’assassinat de Kim Dae-Jung, le chef de l’opposition à Park Chung-hee. Kim, qui ayant déjà subi une tentative maquillée en accident avait dû s’exiler au Japon, fut enlevé en août 1973. Drogué et enchaîné à des blocs de béton, des agents de la KCIA tentèrent de le faire disparaître en le lançant à la mer. Kim ne fut sauvé que par l’intervention de deux diplomates américains (selon la version officielle). Cet événement provoqua un tollé à l’international.
La guerre du Vietnam
Pour assurer une aide financière des États-Unis, Park Chung-hee décida d’envoyer plus de 300 000 soldats sud-coréens au Vietnam de 1964 à 1975.
En effet, en plus d’affirmer les liens diplomatiques entre les deux pays, le pays va recevoir de très gros investissements qui vont beaucoup aider dans l’essor économique du pays. Une aide qui se fera au dépit des soldats : 16 000 d’entre eux seront tués au combat, et on estime que la moitié aurait été exposée au gaz toxique l’agent orange répandu par les avions américains pour détruire les forêts, occasionnant de très gros problèmes de santé (cancers, leucémies, maladies cardiaques…).
Le déploiement sud-coréen s’est aussi fait au détriment de la population vietnamienne. Les soldats sud-coréens sont en effet accusés de nombreuses exactions contre des civils, notamment des massacres et des viols. On peut par exemple citer le massacre de Binh Hoa à l’hiver 1966, lors duquel les troupes sud-coréennes ont massacré près de 430 civils dont la majorité était des femmes et des enfants avant de mettre le feu aux maisons et aux animaux.
Cette partie de l’histoire dérange beaucoup encore aujourd’hui dans le pays. Les vétérans refusent que leur image soit ternie et n’hésitent pas à menacer les médias ou les associations voulant rappeler la mémoire des victimes en Corée… Le sujet n’est donc que très peu abordé…
Une génération sacrifiée
Toute la clé de la croissance économique du pays reposait sur le travail acharné des ouvriers. La priorité du pays était de se développer, quitte à mettre les droits des travailleurs de côté…
Ainsi, outre l’interdiction des syndicats imposée par le régime, les journées de travail étaient de 12 heures, pour des salaires très bas et sans congé hebdomadaire obligatoire. Chaque travailleur s’acquittait aussi de périodes de travail gratuit au bénéfice de l’entreprise.
Ce système a pu marcher notamment grâce à la culture coréenne, profondément confucéenne qui valorise le travail acharné, le respect de la hiérarchie et la discipline. Elle se fondait aussi sur l’espoir d’un avenir meilleur, sacrifiant une génération entière pour élever les suivantes…
Régime Yu-shin
Park Chung-hee réussit à se faire réélire facilement en 1967, mais eut plus de difficultés en 1971. Il passe de justesse face à son rival Kim Dae-Jung (dont la tentative d’assassinat aura lieu un mois après seulement) et décide de changer la constitution pour se proclamer président à vie.
Cette 4e République est nommée le régime Yushin que l’on pourrait traduire par “restauration” ou “réforme”. Elle est adoptée un an plus tard en 1972 par un parlement largement corrompu par Park. Dans un contexte international assez tendu où les Etats-Unis ont réduit leurs effectifs en Corée du Sud alors que la Corée du Nord se fait de plus en plus menaçante, ce nouveau régime a pour but d’assurer la sécurité nationale et l’autorité du gouvernement.
Elle donne au président tous les pouvoirs (exécutif, législatif et judiciaire) tout en réorganisant l’administration qui se retrouve une fois de plus dirigée par les forces armées. Très concrètement, le régime devient ultra autoritaire. Le président n’a aucun opposant politique et peut par simple décret changer la constitution.
Dans l’optique de protection nationale, Park Chung-hee se met aussi en tête d’acquérir une industrie militaire supérieure à celle du Nord pour se passer des Américains et même d’acquérir l’arme nucléaire. Cette volonté va encore une fois détériorer le dialogue Nord-Sud mais va aussi compliquer les relations avec les Etats-Unis qui jugent que cela chamboulerait toute la géopolitique de la région…
Les camps
En 1975, le pays est en plein préparatif pour la candidature de la capitale aux Jeux olympiques de 1988. Mais le président Park refuse que la pauvreté de son pays soit visible. Il ordonne donc de “purifier” la capitale en faisant disparaître tous les bidonvilles et les sans-abris de Séoul.
La police arrête des milliers de personnes (femmes et enfants compris) dans les rues : des mendiants mais aussi des marchands de rues, des handicapés, des enfants laissés sans surveillance, des opposants aux régimes….
Ils sont envoyés dans des camps de travaux forcés, où ils subissent de nombreuses tortures, des viols et d’autres traitements humiliants. Ils travaillent dans des usines de menuiserie, de métallurgie ou encore de textile sans être payés.
Officiellement, 513 personnes sont mortes dans ces camps mais ce chiffre est souvent remis en question… Les exactions de ces camps ont été étouffées après coup par peur que ça entache la tenue des Jeux en 1988. Les faits non jamais été reconnus officiellement et encore aujourd’hui, le gouvernement refuse d’investiguer l’affaire…
Tentatives de Meurtre
Entre la menace permanente de la Corée du Nord et la dureté du régime dictatorial, plusieurs tentatives de meurtres et de renversement du pouvoir ont marqué les 18 années de pouvoir de Park Chung-hee. On en dénombre 3 particulièrement importantes, des points clé de l’histoire moderne de la Corée.
Raid de 1968 (1·21 사태)
De 1966 à 1969, les tensions entre les deux Corées atteignent des sommets avec des affrontements quasi-quotidiens, de fait on parle parfois de “seconde guerre de Corée”. Dans ces circonstances, le gouvernement Nord-coréen décide de se débarrasser du président Park. Pendant 2 ans, 31 officiers d’élites s’entraînent à infiltrer le Sud et à attaquer le palais présidentiel sur une réplique grandeur nature de la Maison-Bleue.
La mission est lancée le 16 janvier 1968 lorsque l’unité 124 quitte sa garnison. Ils traversent la zone démilitarisée et progressent lentement, profitant de la nuit, dans la campagne sud-coréenne. Le 19, quatre civils tombent sur le camp de l’unité. Le commando se dispute pour savoir s’ils doivent éliminer les hommes ou non, mais finalement, ils leur laissent la vie sauve après leur avoir vanté les mérites du communisme. Relâchés, les quatre hommes s’empressent d’avertir les autorités qui lancent aussitôt une chasse à l’homme dans les environs.
L’unité nord-coréenne est prise au dépourvu et doit changer ses plans pour éviter l’armée. Ils se changent avec des vêtements de l’armée sud-coréenne qu’ils avaient emmenés avec eux et réussissent à parcourir les quelques kilomètres qui leur restaient avant d’arriver à Séoul sans éveiller aucun soupçon.
Mais ils sont finalement repérés alors qu’ils ne sont plus qu’à une centaine de mètres du palais présidentiel, à un poste de contrôle. Une fusillade éclate et des civils sont touchés par des tirs. Le commando démasqué se disperse et est traqué par l’armée sud-coréenne. 28 seront abattus, deux seront arrêté (mais l’un se suicide), seul un homme, Pak Jae-gyong réussira à rejoindre la Corée du Nord. Côté Sud, 24 civils, 2 soldats coréens et 4 soldats américains seront tués.
En réponse à cette attaque, la Corée du Sud organise l’assassinat du président nord-coréen, Kim Il-sung. L’unité 684 est formée et envoyée s’entraîner sur l’île de Silmido. Mais la mission vire au fiasco lorsque l’unité se mutine. Tous ses membres sont finalement exécutés par le gouvernement sud-coréen pour enterrer toute l’histoire. Encore aujourd’hui, cette histoire n’a pas révélé tous ses secrets et les raisons de la mutinerie sont inconnues…
Quelques années plus tard, en 1972, Kim Il-sung se dédouane de cette affaire en s’excusant et mettant la responsabilité de l’attaque sur des “gauchistes extrémistes” complètement étranger au gouvernement nord-coréen…
Fusillade de 1974
Le 15 Août 1974, alors que Park célèbre la journée nationale de la libération de Corée, il est victime d’une nouvelle tentative de meurtre.
Lors du discours du président, un jeune homme ouvre le feu en direction de la scène, manquant Park mais touchant sa femme à la tête. Une fusillade s’ensuit et il est rapidement maîtrisé mais un lycéen se prend une balle perdue tirée par la sécurité présidentielle et meurt sur le coup.
La première dame, gravement blessée, est évacuée et emmenée à l’hôpital. L’assaillant et les blessés n’étant plus dans la pièce, le président décide de finir son discours malgré tout avant de partir en emportant les affaires personnelles de sa femme. Mais malgré une très longue opération, cette dernière mourra quelques heures plus tard.
Le meurtrier est Mun Se-gwan, un Japonais d’origine coréenne, qui était un sympathisant du régime Nord-coréen. Portant une fascination extrême pour le communisme, il entra en contact avec d’autres partisans du Juche. C’est ainsi qu’il aurait été mis en contact avec des agents nord-coréens qui l’auraient convaincu de tuer le président Park pour permettre un soulèvement populaire en Corée du Sud. Il fut pendu pour son acte peu de temps après avoir été jugé.
Cet évènement marqua énormément la Corée du Sud car la femme de Park, Yuk Young-soo, était une figure très populaire. Elle était appréciée par la population pour son image de femme sage et juste qui était engagées dans les missions caritatives. Des milliers de gens se rassemblèrent lors de sa sépulture. Après cet événement, c’est la fille aînée du couple qui prendra le rôle officiel de première dame, accompagnant son père dans la plupart de ses sorties publiques. Une certaine Park Geun-hye…
Assassinat de 1979
Cinq ans après sa femme, le président Park est assassiné le 26 octobre 1979. Mais cette fois-ci, l’assaillant est l’un de ses plus proches collaborateurs, le chef de la KCIA, Kim Jae-Gyu.
Quelques jours plus tôt, le président fait exclure Kim Young-sam du parlement pour avoir critiqué le gouvernement dans les journaux américains. Cette action entraîne de vives réactions politiques mais aussi populaires. Les protestations dégénèrent en émeutes et la loi martiale est décrétée à Busan.
Alors que la situation est toujours extrêmement tendue, le président se retrouve à partager un repas avec ses 3 plus proches conseillers (et 2 jeunes filles). La conversation fut semble-t-il assez mouvementée et Kim Jae-gyu finit par ouvrir le feu sur les cinq personnes présentes, tuant Cha Ji-chul, le chef de la garde rapprochée du président, et Park Chung-hee. Dans le même temps, un chauffeur et 3 gardes du corps du président sont tués par des hommes de Kim. Ayant agi de manière impulsive et n’ayant pas prévu de plan après son acte, Kim et ses complices sont arrêtés très facilement dans les heures qui suivent.
Si l’identité du coupable est indéniable, les raisons de son passage à l’acte restent encore aujourd’hui très floues. Lors de son procès Kim affirma qu’il avait agi pour éviter que le pire ne se produise à Busan tandis que le général Chun Doo-hwan, en charge de la sécurité national et à la tête de l’enquête, avança que Kim avait dû agir sur un accès de folie, poussé par l’envie de prendre la place du président.
Une théorie qui a aussi été avancée est que Kim aurait été jaloux du pouvoir grandissant de Cha (le chef de la garde rapproché du président) et qu’il aurait eu peur de perdre sa place de numéro 2 du régime. Une autre théorie voudrait que les Etats-Unis soient derrière cet assassinat : la CIA aurait voulu empêcher Park de développer un programme nucléaire. Une théorie qui fait sens lorsqu’on sait que Kim était très proche du chef de la CIA de Séoul et de l’ambassadeur. Mais ces allégations ont toujours été réfutées par le gouvernement américain. Une dernière théorie voudrait même que Kim ait été momentanément atteint de démence à cause de sa maladie de foie…
Finalement, on ne saura jamais exactement ce qui l’a poussé à passer à l’acte. Certains aiment voir en lui un héros qui se serait sacrifié pour la démocratie, même si rien ne montre une quelconque ambition politique dans son acte. La vérité est sûrement plutôt dans la nuance, une accumulation de facteurs qui aurait mené à cette fin sanglante…
Le procès fut expéditif et Kim Jae-gyu ainsi que 5 de ses complices furent condamnés à mort par pendaison pour trahison.
L'Héritage de Park Chung-hee
Chun Doo-hwan
La mort de Park Chung-hee lance un espoir de démocratie dans la population. Espoir bien vite étouffé par Chun Doo-hwan, à la tête alors de la sécurité nationale. Il profite de la confusion générale pour prendre le pouvoir de l’armée deux mois à peine après l’assassinat du président et devient alors le chef de facto de la Corée du Sud.
En mai 1980, il instaure la loi martiale sur tout le pays, prétextant une menace nord-coréenne. La fermeture des universités, la censure des journaux et l’interdiction des activités politiques ne laissaient pas vraiment de place au doute : la dictature était de retour… Le peuple a bien essayé de se soulever contre cette prise de pouvoir, mais l’armée réprima violemment les manifestations, notamment à Gwangju où près de 200 morts (officiellement) furent à déclarer.
Après ça, Chun fit dissoudre l’assemblé et fut élu président quelques mois plus tard (à noter qu’il était le seul candidat..).Sous sa directive, le pays continua sur sa lancée, autant au niveau de la croissance que sur ses aspects négatifs. Mais cela ne dura « que » 7 ans. La nouvelle constitution impose un seul mandat présidentiel de 7 ans et Park n’ayant pas réussi pas à le faire changer, il est obligé de partir.
En 1987 eut donc lieu la première élection libre et non truquée depuis plus de 20 ans dans le pays. Le vainqueur fut Roh Tae-woo qui, bien que sa candidature ait été soumise par Chun, put assurer une transition vers un gouvernement plus transparent et démocratique.
Nostalgie
Mais les années 60-70 ne sont pas si loin ! Beaucoup de personnes ayant vécu, voir grandi, sous le régime de Park Chung-hee sont encore bien vivantes de nos jours… Et beaucoup gardent un souvenir très nostalgique de cette époque.
Park est celui à l’origine de la croissance fulgurante de la Corée du Sud et le pays ne serait pas ce qu’il est aujourd’hui sans lui. Son héritage est visible quotidiennement via les produits coréens de grande consommation (Samsung, Lotte, Hyundai et bien d’autres) qui font la fierté du pays en étant vendus aux 4 coins du globe. Il incarne pour beaucoup la diligence et le travail acharné, une époque où les gens avaient peu mais donnaient tout ce qu’ils avaient pour leur pays. Et à ce titre, beaucoup sont prêts à oublier les côtés négatifs de son régime…
Aujourd’hui, il est facile de trouver des vidéos ou des articles le glorifiant sur Internet. Un musée lui a même été dédié dans sa ville natale et la maison de son enfance est un lieu assez touristique.
Park Geun-hye
Le paroxysme de la nostalgie Park fut sans doute l’élection de sa fille, Park Geun-hye, en tant que présidente en 2013. Cette même femme qui avait remplacé sa mère au poste de première dame après sa mort fut la première femme présidente de la Corée du Sud.
Si pendant sa campagne, elle s’était timidement excusée du mal engendré par le gouvernement de son père (tout en appuyant sur le fait qu’un enfant ne devrait pas être tenu responsable des actes de ses parents..), il faut noter qu’elle a pu être élue en grande partie grâce un électorat nostalgique du miracle économique passé.
Une fois en poste, elle en profitera pour changer les manuels scolaires d’histoire pour donner une meilleure image à son père, ce qui ne manqua pas d’offusquer une bonne partie de la population. Mais c’est un autre scandale, qui finira de ternir sa réputation. Accusée de corruption, d’abus de pouvoir et d’avoir fait fuiter des informations top secrète, Park Geun-hye démissionna de son poste en 2017, après des semaines de protestations pacifiques. (Une page de l’histoire très rocambolesque qui mériterait son propre article..)
Après sa destitution, l’opinion publique semble avoir un peu changé et être plus encline à critiquer cette portion de l’histoire moderne.
Dans la pop culture
À cause de la censure et de l’opinion publique plutôt favorable à Park Chung-hee, il n’a pas toujours été facile pour les auteurs de parler de cette histoire. Bien souvent les histoires se situant à cette époque parlent très peu (voir pas du tout) de politique pour contourner le problème…
En 2005 (soit 26 ans après la mort de Park) sort le film The President’s Last Bang qui retrace les derniers moments du dictateur. Le ton est volontairement grotesque, les personnages sont tous plus ridicules les uns que les autres… Ce qui n’a pas plu à la famille de Park ! Son fils réussit à le faire censurer avant sa sortie en salle, coupant 3 minutes 50 de pellicules jugées trop offensantes. Le film subit une mauvaise critique et fait assez peu d’entrées. Il finira par être distribué en DVD sous sa version originale mais il reste assez peu connu du grand public malgré ses nombreuses qualités.
A contrario, The Man Standing Next a été un véritable carton au box-office ! C’est aussi un récit menant à l’assassinat de Park, mais cette fois-ci sous le point de vue de l’assaillant, Kim Jae-gyu. Le film sort en 2020 (soit après la destitution de Park Geun-hye) et grâce à son approche plus sombre et tourmentée à su toucher le public et la critique ! Peut-être un signe que le grand public est prêt à faire face à son passé…
A Korean History for international Readers, The Association of Korean History Teachers
https://world.kbs.co.kr/special/kpanorama/french/years/1945.htm
https://perspective.usherbrooke.ca/bilan/servlet/BMEve/717
https://en.wikipedia.org/wiki/Supreme_Council_for_National_Reconstruction
https://en.wikipedia.org/wiki/May_16_coup
https://fr.wikipedia.org/wiki/Park_Chung-hee
https://en.wikipedia.org/wiki/Blue_House_raid
https://www.youtube.com/watch?v=JTBHJgyzj-k&t=79s
https://fr.yna.co.kr/view/AFR20210927003900884
https://brussels.korean-culture.org/fr/174/korea/68
https://asialyst.com/fr/2021/06/12/coree-sud-dictateur-park-chung-hee-miracle-riviere-han/
https://en.wikipedia.org/wiki/Assassination_of_Park_Chung_Hee
https://en.wikipedia.org/wiki/Park_Chung_Hee
https://www.koreaherald.com/view.php?ud=20230315000794
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