1 Histoire de Corée

Le ssireum est la lutte coréenne. C’est un sport ancestral (sûrement le plus ancien de Corée) encore assez populaire de nos jours. Il est accessible à tous car il est très simple, praticable en toute circonstance et comporte très peu de risques de blessures. Il est aussi loué pour améliorer la santé physique et mentale.

Daekwondo de Sin Yunbok (fin XVIIIe-début XIXe) ©National Museum of Korea

L’origine du mot ssireum viendrait du coréen ancien ssirunda signifiant “affronter, comparer sa force”. C’est une pratique commune à toutes les civilisations depuis le début de l’existence humaine (ou presque), aussi il est difficile de trouver un point de départ à la lutte coréenne précisément….

Mais souvent, on cite le royaume de Goguryeo (-37 à 668) comme point de départ, car la plus vieille trace attestée d’une pratique s’apparentant à du ssireum a été retrouvée dans une tombe de cette période.

Sur l’un des murs de la tombe Anak (aujourd’hui en Corée du Nord) datant de 357, on observe une fresque représentant deux hommes s’affrontant au pied d’un arbre sous les yeux d’un troisième homme qui semble arbitrer. Cela serait la preuve que déjà à cette époque, la pratique était ordonnée par des règles tel un sport.

Tombe de Goguryeo (aujourd'hui à Jian en Chine) du Ve siècle ©Domaine Public

Durant les siècles suivants, la pratique semble s’être développée en art de combat. Les guerriers s’entraînaient entre eux à la lutte pour développer leur force physique. Ceux excellant dans cette pratique étaient même parfois récompensés de position au sein du gouvernement.

Puis de pratique essentielle au génie militaire, le ssireum s’est transformé en passe-temps. Il existe de nombreuses références à des tournois de ssireum durant la dynastie Goryeo (918-1392). Le roi le pratiquait même régulièrement avec ses eunuques en faisant un événement récréatif !

Ssireum de Danwon ©National Museum of Korea

Pendant la dynastie Joseon, le ssireum était apprécié de tous : comme distraction de la famille royale, comme spectacle pour les réceptions d’ambassadeurs et comme jeu pour le peuple. C’était l’une des rares activités où les classes sociales ne comptaient pas : un noble pouvait très bien se retrouver à affronter un paysan. Les meilleurs lutteurs étaient appelés des Yeoksa, des hommes forts, et avaient très bonne réputation.

Le ssireum était souvent pratiqué de façon informelle par le peuple : pendant une pause lors des travaux des champs ou pour décider certaines décisions pour la communauté. Mais les tournois avaient généralement lieu lors des jours de fête (souvent à Dano, Chuseok ou Seollal) pour promouvoir l’unité et l’harmonie des communautés. Ces jours-ci, tout le monde se rassemblait autour de l’arène pour soutenir et parier sur la victoire de son favori. Le gagnant recevait un bœuf (un prix très luxueux pour l’époque) sur lequel il paradait dans tout le village pour montrer sa victoire.

Scène de Ssireum dans le drama ‘Dae Jang Geum’ (MBC 2003)

Le Combat

Les règles

Il est interdit de se donner des coups lors d’un duel de ssireum ! Au contraire, il s’agit de vaincre son adversaire en utilisant seulement des techniques consistant à faire tomber son adversaire en l’agrippant à la ceinture. 

Traditionnellement, le Ssireum était pratiqué avec un pantalon standard dont on roulait le haut pour permettre de mieux l’agripper. Puis au 20e siècle, le satba, une ceinture passant sous l’une des cuisses fut inventé pour améliorer la prise sur l’adversaire. Aujourd’hui certains puristes voudraient un retour des techniques ancestrales mais le satba s’est tellement démocratisé qu’un retour en arrière semble peu probable dans un avenir proche…

Lutteur Kim Min-Jae ©KOCIS
Satba ©KOCIS
Lutteuse Lee Da-Hyun ©Korea Ssireum Association

Le combat a lieu dans un cercle couvert de sable fin de 7 mètres de diamètre. Sortir de l’air de combat ne compte pas comme une pénalité ou une défaite : la partie est simplement mise en pause pour reprendre au milieu de l’air. 

La rencontre commence avec les deux adversaires face-à-face à genou. Ils agrippent la ceinture de l’autre, la main droite au niveau de la taille, la main gauche au niveau de la cuisse, avant de se relever. Le combat ne commence que lorsque l’arbitre donne le signal. La lutte dure 3 minutes durant lesquelles le but est de déséquilibrer son adversaire. Mais la plupart du temps, le match se termine en quelques secondes, pas le temps de s’ennuyer !

Final catégorie Taebaek 2019 entre Heo Seon-Haeng et Moon Joon-Seok

Le premier qui touche le sol avec une autre partie du corps que les pieds à perdu. Plus qu’un duel de force, le ssireum est avant tout une histoire d’équilibre et de stratégie. Bien que la plupart des combattants soient assez imposants, la taille et le poids ne garantit pas forcément une victoire ! Cela en fait un sport de combat où les blessures corporelles sont relativement rares. Chacun peut donc s’y initier sans trop de risque. Il existe plusieurs catégories allant des enfants (아기 agi), aux adultes (중 jung) jusqu’au professionnel (상 sang).

Le combat se déroule généralement en 3 manches (sauf pour les phases finales des tournois professionnels qui se déroulent en 3 manches gagnantes !)

La ligue professionnelle

La fédération coréenne de Ssireum date des années 80. Elle se divise en 4 catégories de poids pour les hommes :

  • poid plume, catégorie Taebaek (태백급) -80kg
  • poid légers, catégorie Geumgang (금강급) -90kg
  • poid moyen, catégorie Halla (한라급) -105kg
  • poid lourd, catégorie Baekdu (백두급) -160kg

(Ces noms font référence aux plus hautes chaînes de montagnes de Corée par ordre croissant.)

Et en 3 catégories pour les femmes :

  • poid plume, catégorie Maehwa (매화급) -60kg
  • poid légers, catégorie Gukhwa (국화급) -70kg
  • poid moyen, catégorie Mugunghwa (무궁화급) -80kg

(Ces noms font référence à des fleurs (abricotier, chrysanthème, hibiscus). Les hommes sont des montagnes, les femmes sont des fleurs … bref !)

En plus des compétitions par catégorie, une compétition sans limite de poids à lieu une fois par an lors du Champion Ssireum Grand Festival. Les champions de cette catégorie sont appelés Cheonhajangsa (천하장사), l’homme le plus fort sous les cieux. Il s’agit du titre le plus prestigieux du championnat coréen. En référence à la coutume passée, les vainqueurs se font offrir une statue en bronze de bœuf et parade sur un palanquin.

Lors des compétitions officielles, il y a 3 juges. L’arbitre principal est positionné à l’intérieur de l’air de combat avec les combattants. Il est secondé par 2 autres juges placés de part et d’autre du ring et un recours à la vidéo peut avoir lieu s’il y a réclamation de l’un des coachs.

©MuyePaper

Les coachs ont pour habitude de se présenter aux compétitions habillées en hanbok et restent toute la durée du match à proximité de l’air de combat pour donner des conseils et des directives à leurs athlètes.

Mais il ne suffit pas d’être le plus lourd pour gagner, la technique est un aspect très important du sport. On dénombre pas moins de 55 techniques homologuées différentes. Elles sont classées suivant les parties du corps utilisées : les mains, les jambes et le bassin. En plus de la préparation physique, étudier l’adversaire avant un combat est donc capital pour les athlètes.

Compétition Chuseok entre étudiants étrangers à Séoul ©TheKoreaTimes

Une Pratique Moderne

De nos jours, plus qu’un sport, le Ssireum est un symbole national au même titre que le tir à l’arc ou le Taekwondo.

Depuis 2018, le Ssireum est même inscrit au patrimoine culturel immatériel de l’humanité de l’UNESCO, et ceux au nom des deux Corées. Il s’agissait de la première fois que les deux Corées s’unissaient pour ajouter un bout de leur patrimoine sur cette liste !

Si jusqu’à il y a quelques années la pratique était exclusivement masculine, il existe aujourd’hui une ligue féminine ! Elle est même de plus en plus populaire et suivie. La seule différence est que les participantes féminines portent un t-shirt contrairement aux hommes qui combattent torse nu. 

Le sport semble avoir atteint son apogée en Corée du Sud dans les années 80 et 90 avec l’apparition de légendes du Ssireum : Lee Man-ki (10 titres) et Kang Ho-dong (6 titres) entre autres. Après avoir rassemblé des millions de gens devant leur télévision pour suivre leurs combats, ces deux stars se sont reconvertis (avec succès) dans le divertissement !

Final catégorie Cheonhajangsa 1990 entre Kang Ho-dong et Lee Man-ki

Mais après ça, le Ssireum a énormément chuté en popularité… À l’heure des débuts de la vague coréenne, il a pâti de son image traditionnelle et populaire qui n’en faisait pas une pratique à la mode alors que le pays s’ouvrait au monde extérieur… Mais il existe toujours de nombreux clubs de ssireum et en 2009 a même eu lieu en Lituanie la première compétition international officiel de ssireum qui a rassemblé pas moins de 120 athlètes venant de 40 pays différents ! Une preuve que le sport a un potentiel de démocratisation à l’étranger !

World Ssireum Championship 2011 ©SegyeNews
Tournoi Annuel de Pyeongyang 2011 ©UriTour

En Corée du Nord, la pratique est à quelques détails près la même. Là-bas, on écrit ssirum, le combat commence debout, les lutteurs nord-coréens combattent sur un tapis et non du sable et portent des maillots de corps. En Corée du Nord, la pratique du ssirum n’a jamais faibli et une grande compétition a lieu chaque année à Pyongyang durant Chuseok.

Depuis quelques années, la pratique du Ssireum a repris du poil de la bête en Corée du Sud notamment grâce aux réseaux sociaux ! De nombreux jeunes athlètes ont su mettre à profit leur corps avantageux pour attirer un nouveau public. On les surnomme les “ssireumdol”, contraction de ssireum et de idol ! 

Dans la Pop Culture

Ces dernières années beaucoup d’étrangers se sont intéressé à la pratique du ssireum par un biais pour le moins inattendu : les K-pop idols ! Si vous suivez la K-pop sphère, vous n’avez pas pu passer à côté des Idol Star Athletics Championships, sorte de Jeux olympiques où des groupes d’idols s’affrontent dans plusieurs sports dont le ssireum ! Il existe donc de nombreuses vidéos de stars s’affrontant dans le sable faisant découvrir (ou redécouvrir) le sport à bon nombre de leurs fans.

On peut aussi citer l’émission Physical 100 qui réunit 100 personnes du milieu sportif pour les faire s’affronter a eu beaucoup de succès sur Netflix. Même si le ssireum n’ai pas au centre des épeuvres, plusieurs participants, professionnels du Ssireum (hommes et femmes), se sont particulièrement fait remarquer.

©Netflix

Mais si vous cherchez un divertissement vraiment basé sur le sport, je ne peux que vous conseiller le drama Like Flower in the Sand.

Il raconte l’histoire de Kim Baekdu, un lutteur qui semble être en fin de carrière et qui hésite à se retirer du circuit professionnel… Avec cette histoire, on plonge vraiment dans la vie rurale et populaire de Corée du Sud, ce qui la rend encore plus touchante !

(Et on aime la petite référence avec les trois frères qui se nomment Baekdu, Halla et Geumkang + le papa qui s’appelle Taebaek comme le nom des différentes catégories !)

Disponible sur Netflix

Sources

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