1 Histoire de Corée

Avant le 19e siècle, à l’exception de quelques marchands arabes voyageant sur les routes de la soie, les relations internationales de la Corée se résumaient à ses proches voisins : le Japon, la Chine et la Mandchourie…

Bien que les Occidentaux avaient connaissance de ce royaume (pour preuve, le mot Corée est vraisemblablement une déformation du mot Goryeo, royaume ayant régné sur la péninsule du 10e au 14e siècle), leurs informations et de surcroît leur intérêt étaient très restreint… Pendant très longtemps les cartes occidentales représentaient même la Corée comme une presque île voir même une île !

Carte Néerlandaise de 1596 (La Corée est représentée par une île ronde en vert au dessus de la Chine) ©Dom. Public
Carte Néerlandaise de 1610 (La Corée est représentée par une île longiforme en vert) ©Domaine Public

Cela est dû à la politique extérieure du royaume coréen qui limitait les échanges aux régions proches. Le commerce maritime était illégal et les points d’entrées et de sorties à la frontière étaient très durement contrôlés. Les contacts avec l’occident étaient donc indirects, ils se faisaient à la cour de l’Empire chinois, mais ils attiraient beaucoup de méfiance.

Les Occidentaux étaient eux beaucoup influencés par le récit de Hendrik Hamel, un explorateur néerlandais naufragé sur l’île de Jeju en 1653, obligé de rester à la cour coréenne pendant 13 ans. Son récit, qui a connu un grand succès dans toute l’Europe, a forgé dans l’esprit des Occidentaux l’image d’une Corée sans intérêt qui réduit en esclavage les naufragés…

La seule fois où des Français s’approchent de la péninsule est lors du voyage autour du monde de l’explorateur La Pérouse en 1787, et encore là, les bateaux français ne font que longer une partie des côtes, se tenant à l’écart de toute interaction avec les autochtones…

Pourtant, la Corée était à l’aube de grands changements et les interactions avec l’occident (et donc la France) se faisaient de plus en plus inévitable…

Hôtel de la légation française à Séoul en 1900 ©Musée du Quai Branly - Jacques Chirac

Auto-évangélisation

Les Coréens ont un rapport un peu particulier avec la religion chrétienne : en effet contrairement à la plupart des autres pays d’Asie, les Coréens se sont eux même christianisés !

Dès le 17e siècle, alors que le pays était fermé aux étrangers, les émissaires coréens envoyés à la cour Qing (la dynastie mandchou qui régna sur la Chine jusqu’au 20e siècle) furent exposés aux écrits et aux inventions occidentaux rapportés par les missionnaires européens à la cour chinoise. En effet, les missionnaires jésuites y avaient apporté des horloges, des télescopes, des mappemondes… Mais aussi des livres de mathématiques, de philosophie et bien évidemment de religion.

Une première tentative pour rapporter ces innovations en Corée fut initiée par le prince héritier Sohyeon qui, retenu prisonnier à la cour des Qing après la défaite du royaume coréen, supplia son père le roi de réformer le pays dès son retour au pays. Mais cela se passa mal, le roi Injo refusant de voir son pays s’occidentaliser, et le prince héritier fut retrouvé mystérieusement mort dans la chambre du roi quelque temps après son retour…

Scène tiré du film The Night Owl reprennant ce passage historique ©IMBD

Bien que cela refroidit pas mal les lettrés à s’intéresser à la culture occidentale, quelques ouvrages furent tout de même ramenés sur la péninsule et étudiés en toute discrétion par une poignée de savants…

La date le plus souvent retenue comme la naissance de l’Église coréenne est cependant 1784. Cette année-là, Yi Seunghun, un noble envoyé en ambassade à la cour impériale Qing, rencontra des jésuites français qui lui enseignèrent le catéchisme. Il fut le premier coréen baptisé (par le Père Grammont) recevant le nom de Pierre. Avec seulement 1 mois de formation et une connaissance sommaire de chrétienté, il retourna en Corée, des objets de dévotion et des livres chrétiens écrits en chinois avec lui. (Plus précisément : un commentaire des Évangiles, une explication des sept sacrements, la vie des Saints et des livres de prières

Baptême de Yi Seunghun ©한국천주교순교자박물관

Dès son retour, il se mit au travail et commença à prêcher autour de lui. Il baptisa lui-même les premiers fidèles et certains des livres qu’il avait ramenés furent traduits en coréen, étendant la foi d’un petit cercle de lettrés de la capitale à des couches plus modestes de la société aux alentours…

Ce nouveau courant de pensée étant à l’instigation d’une branche de la noblesse opposée au pouvoir en place, la foi chrétienne fut une parfaite excuse pour donner lieu à des répressions gouvernementales. Un an à peine après le retour de Yi Seunghun, la première répression catholiques eut lieu : des laïcs furent arrêtés à Myeongdong dans la maison de Thomas Kim où les premiers chrétiens avaient l’habitude de célébrer la messe. Ce dernier fut torturé et mourut des suites de ses blessures peu de temps après son arrestation.

Livre de prières en coréen (réédition de 1890) ©IRFA
Yi Seunghun et ses fidèles ©한국천주교순교자박물관

Quelques années plus tard, en 1801, un certain Hwang Sa-yong écrivit une lettre aux prêtres de Beijing leur indiquant que la communauté chrétienne de Corée était persécutée et qu’il avait besoin d’une intervention militaire extérieure pour les sauver… Mais cette lettre fut interceptée avant de quitter le pays et lorsque sont contenu fut révélé à la cour, elle fut perçue comme une trahison et renforça l’idée que le catholicisme était dangereux dans l’esprit des lettrés…

Plusieurs autres hauts noms de l’église coréenne furent donc arrêtés et subirent des pressions énormes dans les semaines qui suivirent. Loin de stopper l’expansion du christianisme, les croyants fuyant en provinces pour échapper à ces répressions permirent la diffusion de la foi plus profondément encore sur le territoire !

Les missionnaires français

Les premières communautés catholiques de Corée, bien que dynamiques, étaient entièrement dirigées par des laïcs jusqu’à l’arrivée des premiers missionnaires français en 1836.

Fondées au 17e siècle, les missions étrangères de Paris sont une société de prêtres et de séminaristes ayant pour vocation d’évangéliser les pays non-chrétiens. Durant le 18e et 19e siècle, ils étaient très présents en Asie, notamment en Chine, afin d’organiser et de soutenir les communautés existantes. Lorsqu’ils apprennent la situation des premiers chrétiens en Corée, ils se mettent en route pour leur venir en aide.

Entre 1831 et 1886, ce sont pas moins de 32 missionnaires français qui rentrent sur le territoire coréen. Leur vie sur le sol coréen n’était pas vraiment chose aisée… Comme leur physique atypique aurait instantanément trahi leur présence, ils portaient un Sangbok (상복, l’habit traditionnel du deuil), dissimulant leur visage derrière un voile blanc et pratiquaient leur foi avec les fidèles dans le plus grand secret… Ils contribuèrent cependant grandement à l’expansion de la foi chrétienne en traduisant des prières et des textes religieux en coréen.

Mgr Berneux en habit de deuil ©IRFA

Mais pour pleinement comprendre le rejet de la chrétienté par le royaume coréen, un peu de contexte est nécessaire… Si officiellement, le royaume de Joseon ne possédait aucune religion d’État et que chacun était libre de croire en ce qu’il voulait, dans les faits la norme était de respecter les règles du néoconfucianisme qui avaient modelé les institutions du pays à sa création au 15e siècle. Le principal point de discorde avec la chrétienté était le culte aux ancêtres… Cette pratique très chère aux confucéens était alors considérée comme l’un des piliers de la société coréenne. Cependant, le pape avait été formel, rendre hommage à ses ancêtres de cette façon était une idolâtrie païenne qui ne pouvait être compatible avec la foi chrétienne… C’est ainsi que plusieurs croyants décidèrent de briser les tablettes de leurs ancêtres et refusèrent de pratiquer les rites… Ce qui inquiéta beaucoup les hauts dignitaires qui voyaient dans ces actions une défiance envers l’autorité établie… 

Le contexte global n’était pas pour aider non plus… Les deux guerres de l’opium (1839-1842 et 1856–1860) avaient beaucoup affaibli la Chine voisine. La dynastie Qing qui avait assujetti le royaume coréen un siècle et demi plus tôt, avait plié sous les puissances étrangères et son économie et sa culture en furent défigurées. À ces guerres s’ajouta la révolte des Taiping (1851–1864), une guerre civile (souvent considérée comme l’un des conflits les plus meurtriers de l’humanité) dont le fondateur, Hong Xiuquan, clamait après avoir lu plusieurs ouvrages apportés par des missionnaires français être le demi-frère de Jésus-Christ. De l’autre côté, les pressions occidentales avaient complètement changé le visage du Japon, le faisant passer d’un royaume féodal à une puissance occidentalisée en devenir… La Corée se voyait alors comme le dernier rempart de la culture confucéenne et les nobles Coréens n’avaient qu’une crainte : qu’un destin aussi funeste s’abatte sur le royaume…

Sac et Incendie du Palais d'été, résidence de l'Empereur de Chine ©BnF

Pour éviter un tel désastre, le pays se referma de plus en plus sur lui-même et l’entrée sur le territoire fut interdite à tous les étrangers (à l’exception de quelques émissaires chinois et japonais). Les missionnaires français entrant sur le territoire coréen étaient donc dans la plus grande illégalité et, bien que le royaume coréen avait pour habitude de simplement ramener les Chinois et Japonais naufragés ou s’étant aventurés un peu trop loin à la frontière, il n’en était pas forcément de même pour les autres étrangers. Ils s’exposaient à des sanctions plus graves comme de la prison, de la torture, voir la condamnation à mort… 

Pour toutes ces raisons, la chrétienté est très mal vue par les autorités… On pensait que ces étrangers entrés illégalement sur le pays et répandant leur culture au détriment de celle préexistante étaient un danger voir même des colons en devenir…

Les fidèles et les missionnaires devaient pratiquer dans le plus grand secret et, même si les persécutions étaient rares, elles étaient sanglantes… Durant tout le 19e siècle, plusieurs édits de proscriptions du christianisme furent édités, souvent avec des intentions politiques derrière… À l’image des répressions de 1785, elles étaient bien souvent l’occasion pour la noblesse de régler ses litiges politiques en éliminant des factions concurrentes et en se faisant passer pour de bons confucéens protégeant la culture…

Petit banquet au soleil couchant ©IRFA

Les plus notables furent en 1839, 1846 et 1866 qui firent en tout plus de 10 000 morts, dont 10 Français : les évêques Laurent Imbert, Siméon Berneux et Antoine Daveluy et les prêtres Pierre Maubant, Jacques Chastan, Louis Beaulieu, Pierre Aumaître, Luc Huin, Just Ranfer de Bretenières, Michel Petitnicolas, Jean Pourthié et Henri Dorie.

Laurent Imbert ©IRFA
Siméon Berneux ©IRFA
Antoine Daveluy ©IRFA
Pierre Maubant ©IRFA
Jacques Chastan ©IRFA
Louis Beaulieu ©IRFA
Pierre Aumaitre ©IRFA
Luc Huin ©IRFA
Ranfer de Bretenières ©IRFA
Michel Petitnicolas ©IRFA
Jean Pourthié ©IRFA
Henri Dorie ©IRFA

La reconnaissance des martyrs

Alors que la Chine, grand protecteur du royaume, s’affaiblissait de plus en plus, que les pressions étrangères se faisaient de plus en plus fortes et que les contestations paysannes prenaient de l’ampleur dans le pays, le gouvernement n’eut d’autres choix que mettre définitivement fin aux persécutions par un édit royal en 1881. La liberté religieuse fut finalement proclamée 3 ans plus tard. Les missionnaires décomptaient alors 12 000 fidèles.

Dès l’édit passé, le temps fut au recueillement. Une cathédrale fut érigée avec l’aide des missionnaires français à Myeongdong près de l’endroit où les premiers chrétiens se retrouvaient pour célébrer la messe. Nommée Notre-dame de l’immaculée conception, elle accueille les reliques des martyrs coréens dans sa crypte ainsi que ceux des martyrs français.

Vue sur Séoul avec la cathédrale Myeongdong au loin (1904) ©Cornell University Library

La cathédrale de Myeongdong est ouverte du mardi au vendredi de 9 heures à 20 heures 30. Le samedi, elle est ouverte de 9 heures jusqu’à 21 heures et le dimanche de 9 heures à 21 heures. La cathédrale est fermée tous les lundis.

Enfin, si vous êtes intéressé pour assister à une messe, il y en a une en anglais le dimanche à 9 heures.

©1histoiredecorée
©1histoiredecorée

Les missionnaires français tués en Corée furent canonisés au côté de André Kim Tae-gon (le premier prêtre coréen) et 92 autres Coréens par le pape Jean-Paul II en 1984 durant une cérémonie tenue à Séoul. Leur fête est célébrée le 20 septembre. Plus récemment, en 2014, 124 autres martyrs coréens ont été béatifiés par le pape François. On les célèbre le 8 décembre.

Portrait de Kim Taegon (1983) ©Pierre-Emmanuel Roux
Les 103 saints martyrs de la Corée ©Archidiocèse de Séoul

De nos jours, il est possible d’effectuer un pèlerinage sur les différents sites dédiés à la mémoire de ses martyrs. Au départ de la cathédrale de Myeongdong, les sentiers du pèlerinage catholique de Séoul se composent de trois routes : la route de La Bonne Nouvelle, la route de La Vie Éternelle et la route de l’Unité. Parmi les lieux les plus emblématiques :

Statue de Kim Taegon ©1histoiredecorée

Le sanctuaire des Martyrs coréens de Jeoldu-san (“mont des décapitations”), édifié en 1967 comme monument commémoratif du centième anniversaire de la dernière vague d’exécutions (1866). Il se compose d’une église, un musée, un chemin de croix et un jardin abritant la tombe de 26 martyrs. 

Entrée libre, ouverture du musée tous les jours de 9h à 17h30 sauf le lundi

Le sanctuaire des Martyrs de Saenamteo, construit en 1984 sur un ancien terrain militaire de l’ère Joseon, pour la commémoration des 200 ans du catholicisme en Corée. Utilisé comme place d’exécution publique, c’est ici qu’une partie des martyrs (dont les missionnaires français) furent mis à mort entre 1838 et 1867. Aujourd’hui, on y trouve une basilique dans un style traditionnel coréen ainsi qu’un mémorial pour les martyrs qui conserve les reliques de plusieurs martyrs.

Entrée libre, ouvert tous les jours de 10h à 16h30 (17h en été) sauf le Mardi

©Archidiosèse de Séoul

Baleiniers et autres Navires

Lorsque l’on évoque les premiers échanges entre la France et la Corée, les histoires des prêtres des missions étrangères de Paris prennent souvent toute la place… Pourtant, ils ne sont pas les seuls à s’être heurtés au “Royaume Ermite”.

À la même époque que les excursions illégales des hommes de foi, de nombreux bateaux longeaient de plus en plus régulièrement les côtes du pays. Ce qui intéressait principalement les puissances étrangères : les baleines ! Effectivement, on était alors en pleine période de la chasse à la baleine industrielle pour en extraire de l’huile qui servait ensuite à fabriquer des savons, des bougies, de lubrifiants pour les machines, mais aussi surtout pour l’éclairage public.

Baleinier de la Nouvelle-Angleterre (1856-1907) ©Dom. Public

Dès le 17e siècle, les quelques bateaux occidentaux naviguant sur la mer de l’Est (ou mer du Japon) avaient noté la présence de cétacés. Leurs croyances avaient été ensuite nourri par les sources chinoises qui appelaient parfois cette mer, la mer des baleines… Mais même si la pêche à la baleine était occasionnellement pratiquée en Corée (et ce depuis la préhistoire !) et que sa graisse était parfois utilisée dans la médecine traditionnelle, il semble que le nombre de cétacés à cet endroit ait complètement été surévalué par les baleiniers occidentaux…

Bien que ces bateaux n’accostaient pas sur la péninsule, il arrivait (rarement) que des navires s’échouent sur les rivages coréens… On peut notamment citer le baleinier Le Narval qui fit naufrage en 1851 sur l’île de Bigeum en mer Jaune avec une vingtaine de personnes à bord. Le consul français de Shanghai s’était empressé de prendre le large pour aller les secourir, persuadé qu’ils allaient mourir de faim en servitude. Quelle fut sa surprise de les retrouver sains et saufs quelques jours plus tard. Ils avaient en effet été secourus par les habitants et pris en charge par les autorités qui les avaient nourris et soignés… Pour montrer sa gratitude, il organisa un dîner avec les marins et leurs sauveurs, partageant champagne et alcool de riz !

Le baleinier le Narval en 1836 ©Musée du Vieux Granville

Les Occidentaux ne connaissant rien du royaume coréen, ils ne se basaient que sur les dires de Hendrik Hamel. Cet explorateur néerlandais avait en effet fait naufrage sur les côtes coréennes (sur l’île de Jeju) en 1653 et avait été contraint de rester dans le royaume pendant 13 ans avant de s’enfuir. Bien qu’il fut bien traité (malgré l’interdiction de quitter le pays), son récit publié quelques années plus tard ancra dans les esprits occidentaux l’image d’un royaume tellement reclus sur lui-même qu’il réduisait en esclavage les naufragés…

Dans la réalité, les Coréens ne traitaient pas forcément mal les étrangers : on faisait la distinction entre les marchands et les baleiniers échoués qu’on appelait simplement “étranger” (이국인) et les missionnaires et les militaires qui venaient avec des intentions jugée mauvaises qu’on traitait de “barbare occidental” (양이)… La plupart du temps, lorsqu’un bateau civil (très souvent un baleinier) s’échouait sur les plages coréennes, l’équipage était interrogé pour s’assurer de leur bonne foi (souvent en langue des signes à cause de la barrière de la langue) avant d’être escorté sans violence jusqu’à la frontière (ou directement à Pékin) en évitant tout contact avec la population. 

Ilot Ouest ©dokdo-takeshima.com
Ilot Est ©dokdo-takeshima.com

Un héritage notable de cette présence est le nom des rochers Liancourt. Il s’agit en fait des deux petits îlots rocheux au large de l’île Ulleung-do en mer de l’Est. Ils furent “découverts” par le baleinier français Le Liancourt le 27 janvier 1849 qui leur laissa son nom dans les manuels occidentaux. Connu sous le nom de Dokdo en coréen et de Takeshima en japonais, il fait aujourd’hui l’objet d’un différend territorial entre les deux pays (3 si on compte la Corée du Nord et la Corée du Sud comme deux entités différentes). C’est pour cela que beaucoup de pays continuent encore d’utiliser le terme “rochers Liancourt” pour éviter de prendre parti…

Conflits Armés

Byeongin Yangyo (병인양요) est le nom donné à la première action militaire occidental (en l’occurrence la France) contre la Corée.

L’histoire commence en 1842 avec le traité de Huangpu signé entre la Chine et la France. Après avoir perdu la première guerre de l’opium, la Chine concéda (entre autres) la liberté de culte aux catholiques et la protection de missionnaires français sur son territoire. Le royaume de Corée étant à cette époque tributaire de l’Empire de Chine, les Français s’attendaient de fait à ce que ce traité soit aussi respecté par les Coréens.

Ambassade française lors du traité de Huangpu en 1844 ©Domaine Public

Mais le gouvernement français de l’époque ne prêta pas vraiment attention aux destins des missionnaires. Rappelons qu’au cours du 19e siècle, la politique française connu de très nombreux changements et rebondissements (1er empire, restauration de la monarchie, 2e République, 2d Empire…), se lancer dans des négociations avec une nation lointaine avec laquelle le pays n’entretient aucun lien diplomatique n’était donc pas vraiment une priorité…

C’est donc l’amiral Cécille, en poste à Pékin, qui prend l’initiative dès 1946 de demander des comptes pour trois Français tués quelques années plus tôt (les pères Pierre Maubant et Jacques Chastan ainsi que monseigneur Laurent Imbert, condamnés et mis à mort en 1839) en envoyant une frégate porter une missive. Selon les écrits de l’époque, le messager aurait fait plusieurs aller-retour car les diplomates ne voulaient pas accepter ce message… Ils finiront donc par poser la lettre sur un rocher avant de s’en aller…

La réponse du gouvernement coréen parviendra tout de même un an plus tard : les missionnaires ont été condamnés selon les lois du pays car s’étant livrés à d’actions pires qu’un homicide ou un incendie…

Furieux d’une telle réponse qu’il juge injuste, Lapierre (le successeur de Cécile) fait savoir au roi de Corée que “Si, à l’avenir, un Français est arrêté en Corée, [il] devra le renvoyer à Pékin; en agissant autrement [il] s’exposerait aux plus grands malheurs.” Après cela, le nouveau roi coréen (Cheoljong) étant plus tolérant envers les catholiques, le climat s’apaisa et l’affaire se tassa…

Daewongun (≤1898) ©Domaine Public

Mais à l’arrivée du roi Gojong sur le trône (ou plutôt à la régence de son père le Daewongun), la situation prit une tournure inattendue… La Russie ayant récemment acquis une frontière avec le royaume de Corée, elle exigea l’ouverture du pays au commerce international. Les catholiques firent jouer de leurs contacts pour proposer une alliance France-Corée contre la Russie dans l’espoir d’aider leur cause mais, si le Daewongun était plutôt ouvert à l’idée au début, il changea finalement d’avis. Il lança une campagne d’éradication des catholiques au début de l’année 1866. De nombreux croyants dont 9 missionnaires français furent arrêtés et exécutés dans les mois qui suivirent.

3 missionnaires parviennent néanmoins à échapper aux persécutions et à rejoindre la Chine où ils préviennent les autorités françaises.

Dans cette conjoncture, il me semble de toute nécessité de ne pas laisser sans une réparation éclatante un attentat barbare dont nos compatriotes ont été les victimes et dont la perpétration émane de la volonté royale…” Roze

En accord avec ses supérieurs, le contre-amiral Roze (commandant en chef de la division navale des mers de Chine et du Japon) prit la responsabilité de faire payer le prix de ces morts aux Coréens. Il embarqua pour une mission de reconnaissance et de relevés hydrographiques dans un premier temps. Il longea les côtes de l’île de Kanghwa, puis remonta le fleuve Han (non sans canonner quelques obstacles sur le chemin) jusqu’au abord de Hanyang (Séoul) où il releva les défenses de la ville avant de repartir…

Contre-amiral Roze ©Domaine Public

Il revient le 11 octobre de la même année et débarqua au Sud de l’île de Kanghwa où les marins français réussirent facilement à prendre la forteresse qui contrôlait la “rivière salée” menant à l’embouchure du fleuve Han. La ville fut occupée et les bâtiments officiels furent dépouillés de leurs objets de valeurs (armes, argent, or, jades, ouvrages, œuvres…).

Le contre-amiral exigea réparation pour les meurtres des ressortissants français, demandant même la tête des ministres ayant le plus œuvré dans les persécutions, mais le gouvernement coréen répondit sensiblement la même chose qu’en 1847, à savoir que les missionnaires avaient commis des infractions contraires aux lois en vigueur dans le royaume et qu’ils avaient été jugés en conséquence.

Attaque de l'île de Ganghwa ©Domaine Public

Le dialogue n’avançant pas, Roze décida de poursuivre ses assauts aussi bien sur les îles environnantes que sur le continent. Mais face à l’arrivée de soldats coréens, plus nombreux, mieux armée et connaissant mieux le terrain, les soldats français durent rebrousser chemin perdant la ville, la forteresse mais aussi plusieurs hommes…

Mais déterminée à faire des dégâts, la flotte arriva au niveau de Hanyang (Séoul) et bombarda tout ce qui étaient en vue et qui ne pouvaient pas être emportés, détruisant une partie des quartiers périphériques de la capitale et plusieurs bâtiments officiels.

Rendu au début du mois de novembre et voyant qu’il n’arriverait pas à faire beaucoup plus de dégâts au vu de ses moyens réduits et de l’hiver en approche, le contre-amiral sonna la retraite et repartit enfin pour son port d’attache en Chine.

À son retour, Roze, se targua d’avoir rempli sa mission :

Elle aura […] profondément frappé l’esprit de la nation coréenne en lui prouvant que sa prétendue invulnérabilité n’était que chimérique. […] Le but que je m’étais fixé est donc complètement rempli et le meurtre de nos missionnaires a été vengé.

Mais il semble qu’il fût bien le seul de cet avis… Ses responsables n’y virent rien de très glorieux et les Français habitant en Chine furent déçus du peu de retombé de cette mission…

En revanche, du côté coréen, le repli soudain de la flotte français fut interprété comme un triomphe de leur armée : la petite nation coréenne avait réussi à repousser l’attaque d’une puissance occidentale, ce que la grande Chine n’avait pas su faire…

Cet événement est d’une grande importance dans l’histoire moderne de la Corée car il fut la première interaction officielle du pays avec une puissance étrangère occidentale. Encore aujourd’hui, il est décrit dans tous les manuels d’histoire coréens sous le nom de Byeongin Yangyo 병인양요, littéralement “l’agitation occidentale de l’année du tigre de feu”.

Occupation de la résidence du gouverneur de Ganghwa, dessin de l'Illustration ©National Museum of Korea

Diplomatie

5 ans après l’expédition punitive française, ce sont les États-Unis qui montent une expédition pour se venger d’une attaque survenue sur deux navires américains quelques années plus tôt qui fit près de 200 morts côté coréen. Avec ces événements et les pressions de plus en plus fortes pour une ouverture au commerce extérieur, l’isolationnisme du pays fut de plus en plus difficile à tenir… 

Le roi de Corée se vit obligé d’accepter un accord d’amitié avec le Japon en 1876, signant officiellement l’entrée du pays sur le marché international. Mais la Chine voyait cela d’un mauvais œil. Craintif de perdre ses intérêts dans le pays au profit du Japon, il poussa la Corée à signer d’autres accords avec d’autres grandes puissances étrangères dans l’espoir de réduire l’influence japonaise : les Etats-Unis (1882), l’Angleterre (1883), l’Allemagne (1883), l’Italie (1884), la Russie (1884) et enfin avec la France en 1886, 20 ans après l’expédition du contre-amiral Roze. 

Plusieurs ports furent ainsi ouverts au commerce international : Wonsan, Incheon, Jinnampo, Mokpo, Busan, Gunsan, Cheongjin et enfin Sinuiju.

Traité franco-coréen

Le traité d’amitié, de commerce et de navigation entre la France et la Corée est signé le 4 juin 1886 et ratifié un an plus tard lors de l’arrivée du premier représentant français en Corée, Monsieur Victor Collin de Plancy.

Le Texte est rédigé en français et en chinois, se base sur le traité anglais et comporte 13 articles.

  • Article 1 : Paix et amitié entre le président de la République française [la France est alors sous la 3e République] et le Roi de Corée ainsi qu’entre leurs deux peuples.
  • Article 2 : Nomination et envoi de représentants diplomatiques ainsi que la liberté de voyager sur tout le territoire du pays de leur résidence.
  • Article 3 : Les ressortissants français et leurs biens en Corée relèvent exclusivement de la juridiction française.
  • Article 4 : Les ports de Jemulpo, Wonsan et Busan sont ouverts au commerce français.
  • Article 5 : Réglementation sur le commerce et les douanes.
  • Article 6 : Interdiction de contrebande.
  • Article 7 : Traite de la procédure à suivre lors du naufrage d’un bateau français sur les côtes coréennes.
  • Article 8 : les navires de guerre de chaque pays auront un droit de mouillage dans les ports de l’autre.
  • Article 9 : Les français auront le droit d’étudier et de professer en Corée. L’inverse est également valable.
  • Article 10 : Le gouvernement français et ses ressortissants jouiront de l’immunité accordée par le roi de Corée.
  • Article 11 : Droit de réviser le traité tous les 10 ans.
  • Article 12 : En cas de différence d’interprétation, c’est le texte en français du traité qui fera foi.
  • Article 13 : Ce traité doit être ratifié dans un délai n’excédant pas 1 ans.

Le traité français est le seul à comporter une clause spécifique à la liberté religieuse, garantissant la liberté aux Français résidant en Corée de professer leur religion. Plus exactement, l’article 9 indique une liberté de “professer” qui reste assez vague pour être interprétée selon la convenance. C’est d’ailleurs en grande partie à cause de ce point que le traité ne fut conclu qu’en 86 alors que les négociations avaient commencé en 76 !

À la lecture du traité, une chose est très claire : il s’agit d’un traité très inégalitaire. Il accorde beaucoup plus de droit aux Français qu’aux Coréens et fait primer la légitimité française à celle coréenne.

Mais il ne fera foi que pendant une courte période de temps, la Corée tombant sous occupation japonaise en 1910, faisant tomber ce traité dans l’oubli… Les relations France-Corée ne reprendront officiellement qu’en 1949 après que la France ait reconnu la République de Corée [la Corée du Sud] comme État souverain.

Victor Collin de Plancy

Victor Collin de Plancy fut donc le premier diplomate français en Corée. Érudit et collectionneur, il fut le tout premier coréanologue français.

Ayant commencé sa carrière de diplomate en Chine, le jeune Collin fut nommé consul de première classe à Séoul en 1887. C’est lui qui fut chargé de ratifier le traité écrit un an plus tôt. Il prit à cœur de défendre les intérêts des Français. Il fit venir des experts français à la cour coréenne comme Auguste Salabelle (un architecte chargé de construire un bâtiment à la française dans le palais Gyeongbokgung par le roi Gojong, le projet fut avorté…), Jean Victor Emile Clémencet (conseiller dans les services postaux qui supervisera la création de la poste moderne en Corée) et Laurent Crémazy (magistrat ayant traduit le code pénal coréen). Il œuvra aussi au développement de l’enseignement du français dans le royaume.

Portrait de Victor Collin de Plancy ©Musée Saint Loup

Mais si Victor Collin de Plancy est resté dans les mémoires, c’est surtout pour ses recherches et ses collections. Grand passionné d’art et de culture, il s’intéressait tout particulièrement aux cultures asiatiques. Il profita donc de sa position pour rassembler toutes sortes d’objets (livres, meubles, céramiques, peintures…) qu’il envoya en France avec l’accord des autorités. Il fit aussi entreprendre des fouilles sur les anciens sites de production de céramiques royales et fit parvenir le résultat de ses recherches (et un certain nombre d’échantillons) à la manufacture de Sèvres.

Vase royal du 18e siècle ©Manufacture de Sèvres
Portrait d'un confucéen, Cho Manyong ©Musée Guimet
Vase floral du 13e siècle ©Manufacture de Sèvres
Portrait du roi Gojong (1900) par Collin de Plancy ©Musée du Quai Branly

Il encouragea aussi d’autres érudits à s’intéresser au royaume : il aida Charles Varat lors de son expédition à rassembler de nombreux artéfacts typiquement coréen, il épaula Maurice Courant dans l’écriture de sa bibliographie coréenne, il poussa le sinologue Adrien Billequin à chercher des mentions de la céramique coréenne dans les textes chinois… Il est aussi à l’origine de la participation du royaume coréen à l’Exposition Universelle de 1900 à Paris.

Bien qu’il ait aussi officié brièvement au Japon, au Maroc et en Thaïlande, c’est en Corée qu’il passa la plus grande partie de sa carrière. En 1906, moins d’un an après que la Corée soit tombée sous le protectorat japonais, il fut le dernier représentant étranger à quitter le pays.

Collin de Plancy (au centre) dans les rues de Séoul (1900) ©Musée du Quai Branly

Mission Varat

Charles Varat était un riche industriel parisien passionné par l’exploration et l’anthropologie. Il a voyagé à travers le globe, en Europe, en Amériques, en Afrique du Nord mais aussi en Asie.

Itinéraire de Varat ©BnF

En 1888, il fut missionné par le ministère de l’Instruction Publique et des Beaux-Arts pour partir en voyage en Corée et ramener des données sur ce pays que personne ne connaît alors en France. Il bénéficia de la toute première autorisation de voyager dans le pays accordée à un Français par le gouvernement coréen. 

Il arriva de Chine au port de Jemulpo (Incheon) où il passa quelques jours avant de se diriger vers la Hanyang (Séoul). Il passa une quinzaine de jours à la délégation française où il commença sa collecte d’informations en observant la vie des habitants de la capitale. Aidé de Collin de Plancy, il commença aussi à rassembler des œuvres diverses auprès de marchands.

Puis il partit vers le Sud, passant par Daegu, Milyang et enfin Busan avant de repartir par la mer. En tout, son séjour en Corée aura duré un mois et demi. Bien que court, son séjour fut rempli de découvertes et d’acquisitions. Il fit envoyer avec l’accord des autorités coréennes 15 caisses remplies d’objets (près de 2 000 selon ses dires) réunis durant sa mission.

Peinture Chamanique, Guarde Royal (19e siècle) ©Musée Guimet

En France, cette collection fut exposée au palais du Trocadéro lors de l’Exposition Universelle de 1889. Elle était composée d’objets hétéroclites (sculpture, céramiques, meubles, peintures, costumes…) allant de l’ère Goryeo (918–1392) à l’époque contemporaine.

À la fin de l’exposition, les pièces furent pour la plupart confiées au tout nouveau musée Guimet, spécialisé dans l’art asiatique, qui ouvrit une galerie coréenne organisée par les soins de Varat lui-même. S’il n’existe aucune liste de l’ensemble de ces pièces au moment de l’exposition, le musée en inventorie 335 pièces en 1910. La collection continua de grandir, notamment grâce aux nombreux envois de meubles et de céramiques de Collin de Plancy.

Bouddha assis de l'ère Goryeo (918-1392) ©Musée Guimet

Charles Varat publia le récit de son périple 4 ans plus tard dans la revue le Tour du Monde. Il mourra subitement en 93 avant d’avoir pu achever son projet final de livre sur la Corée…

Maurice Courant

Maurice Courant arriva en Corée en 1890 pour servir comme interprète au consulat au côté de Collin de Plancy. C’est ce dernier qui va l’intéresser à la littérature coréenne grâce à sa collection d’œuvres coréennes déjà importante à l’époque. Avec l’évêque de Corée, Mgr Mutel, ils montent le projet d’écrire une bibliographie de textes traditionnels du pays.

Bien qu’ils aideront par la suite, très vite Maurice Courant se retrouve seul à l’écriture de cette bibliographie. Il récolte des informations sur les livres dans les librairies et les temples de la capitale coréenne, puis sur ceux détenus dans les collections publiques et privées d’Europe à son retour en France en 1891. Il en profita aussi pour aider au classement des ouvrages asiatiques à la Bibliothèque nationale de France.

Maurice Courant ©Domaine Public
©BnF

De tout ce travail naîtront, entre 1894 et 1901, 3 volumes et 1 supplément de la Bibliographie Coréenne. Il fait un recensement relativement exhaustif (plus de 3 000 titres) de tous les ouvrages publiés en Corée jusqu’à sa date de publication. Quelques années plus tard, à l’occasion de l’Exposition Universelle, il publia un autre ouvrage sur la Corée : Souvenir de Séoul, Corée.

Son œuvre est considérée comme monumentale dans le domaine et est encore une référence pour les chercheurs du monde entier faisant de Maurice Courant le père des études coréennes en France.

Exposition Universelle de 1900 à Paris

Carte postale promotionnel ©Domaine Public
Illustration le petit journal ©Dom. Public

Sous l’impulsion de Victor Collin de Plancy, un emplacement dédié au royaume coréen est construit pour l’Exposition Universelle de 1900 près du Champ-de-Mars à Paris.

En 1889 (à Paris) et 1893 (à Chicago), le royaume coréen avait été représenté par de petits stands présentant quelques babioles… Ce qui avait fortement déçu le roi Gojong. Il tenait donc à personnellement s’impliquer dans cette nouvelle exposition afin de présenter les richesses de la culture coréenne aux peuples occidentaux. Lui et des membres de la famille royale envoyèrent des meubles, des céramiques et d’autres objets représentatifs de la culture coréenne.

©Domaine Public
Min Yeong Chan (cousin de l'empereur Gojong) présent lors de l'exposition ©Domaine Public

Le pavillon coréen fut érigé par un architecte français et inspiré du palais Gyeongbokgung. À l’intérieur furent présentées des graines, des peaux d’animaux, des pièces de monnaie, des habits de la famille royale, des bijoux, des armes, des livres, des photos… Même si le pavillon attira les connaisseurs du royaume, peu du grand public s’aventura jusque-là (notamment comparé aux pavillons chinois et japonais)…

À la fin de l’exposition, le pavillon est détruit et les objets provenant de collections privées furent rendus à leur propriétaire. Mais la Corée se trouvant alors dans une position politico-économique difficile, elle se voit dans l’incapacité de rapatrier tous les objets qu’elle a envoyés… Elle dut donc les concéder à des musées français. Collin de Plancy se chargea de répartir les biens afin qu’ils puissent être étudiés comme au Musée National des Arts et Métiers et au Musée Guimet.

Les Œuvres Coréennes en France

La vie d'un Yangban, paravent en huit panneaux de Kim Hong-do ©Musée Guimet

Qu’ils aient été ramenés lors d’expéditions et achetés par de riches spécialistes, de nombreux objets furent ramenés en France entre la fin du 19e et le début du 20e siècle.

Aujourd’hui, le principal des collections coréennes en France sont conservées au Musée Cernuschi, au Musée Guimet, à la manufacture de Sèvre et à la Bibliothèque nationale de France.

Mais au vu des relations conflictuelles de la Corée avec l’étranger à cette période et de sa vulnérabilité, une bonne partie de ces acquisitions est remise en cause par le gouvernement sud-coréen. Se pose donc la question de la restitution de ces biens mais côté français, les institutions ne l’entendent pas toujours de cette oreille.

Kisan, Scène de genre ©Musée Guimet
Kisan, Scène de genre ©Musée Guimet
Kisan, Scène de genre ©Musée Guimet
Kisan, Scène de genre ©Musée Guimet

Uigwe, les annales de la dynastie Joseon

Lorsque le contre-amiral Roze se rend en Corée pour son expédition punitive en 1866, il passe par l’île de Ganghwa où était stockée une partie des Uigwe, les annales de la famille royale relatant en détails les rites de la cour, datant du 17e au 19e siècle. Il en saisit 297 volumes manuscrits, 45 imprimés et 8 rouleaux qui seront ramenés en France et gardés à la Bibliothèque impériale (aujourd’hui la Bibliothèque nationale de France).

Dans un premier temps, ils furent mis en attente dans le fonds chinois avant d’être recôtés en fond coréen et de tomber un peu dans l’oubli… Jusqu’à ce que le gouvernement sud-coréen fasse la demande de sa restitution.

Peinture de Oegyujanggak, la bibliothèque royale de Ganghwa de 1881 d'après des plans plus anciens, incendié en 1866 ©National Library of Korea

Le président François Mitterrand avait fait le premier pas en ramenant un volume en 1993 lors de la vente des TGV en Corée du Sud. Il promit même le retour des autres volumes après la fin des négociations, promesse qu’il ne put pas tenir… 

Car le sujet n’était pas si simple que ça ! Bien qu’ils avaient été acquis par la force et le vol, ayant été versés à la Bibliothèque nationale de France, il faisait dès lors partie du patrimoine national inaliénable selon la loi française. En simple, il était impossible pour l’état français de le rendre ni de le vendre ni d’en faire don à quiconque…

Funéraille du roi Sukjong ©National Museum of Korea

Le président François Mitterrand avait fait le premier pas en ramenant un volume en 1993 lors de la vente des TGV en Corée du Sud. Il promit même le retour des autres volumes après la fin des négociations, promesse qu’il ne put pas tenir… 

Car le sujet n’était pas si simple que ça ! Bien qu’ils avaient été acquis par la force et le vol, ayant été versés à la Bibliothèque nationale de France, il faisait dès lors partie du patrimoine national inaliénable selon la loi française. En simple, il était impossible pour l’état français de le rendre ni de le vendre ni d’en faire don à quiconque…

La restitution était tout de même régulièrement abordée lors des rencontres entre les représentants des deux pays et un premier accord fut finalement trouvé en 2006 : la BnF devait faciliter l’accès aux chercheurs coréens aux originaux et la numérisation des volumes ne possédant pas de copie.

Puis en 2010, les présidents des deux pays (Nicolas Sarkozy et Lee Myung-bak) trouvèrent un nouvel accord : un prêt renouvelable tous les 5 ans. Tous les volumes furent donc envoyés en Corée et sont aujourd’hui gardés au Musée nationale de Corée. Ils furent préalablement numérisés par la BnF et sont consultables par tous gratuitement sur sa bibliothèque numérique, Gallica.

Mais cette solution ne convient pas vraiment à tous. En effet, il est difficile d’expliquer l’inflexibilité de la loi française dans un tel cas et le statut de prêt n’a pas manqué de susciter l’indignation chez les Coréens…

Jikji

Comme évoqué plus tôt, lorsqu’il était en poste à Séoul, Victor Collin de Plancy a accumulé un bon nombre d’objets en tout genre (meubles, peintures, livres…). On raconte même que des marchands en tout genre faisaient la queue tous les jours devant le consulat pour présenter leurs trouvailles au diplomate. 

Bien qu’il se soit fait arnaqué quelques fois en achetant des objets chinois présentés comme coréen, la grande majorité de sa collection est de grande qualité allant de la période Goryeo (918–1392) à son époque. Parmi ses acquisitions se trouve un livre qui attire beaucoup l’attention : le Jikji.

©BnF

Savant déchiffré les caractères traditionnels chinois, Victor Collin de Plancy se rendit instantanément compte que l’objet qu’on lui présentait était de grande valeur ! Sa dernière page indique effectivement : “imprimé à l’aide de caractères mobiles en métal en 1377 au temple Heungdeoksa à Cheongju”. Si cela était vrai, l’ouvrage était de 78 ans antérieurs à la Bible de Gutenberg et donc le plus vieil ouvrage imprimé à l’aide de caractères mobiles en métal au monde.

Inscription manuscrite de Collin de Plancy sur la première page du Jikji ©BnF

Il le fit donc rapatrié en France où il fut exposé à l’Exposition Universelle de Paris en 1900, puis acquis par un collectionneur d’art, Henri Vever. Ce dernier en fit don à la Bibliothèque nationale de France à son décès en 1950 et il fut ajouté au fond coréen de la bibliothèque.

Le Jikji a officiellement été reconnu comme le livre le plus ancien au monde imprimé au moyen de caractères métalliques mobiles. C’est un ouvrage bouddhique rédigé par le monde Paegun compilant des extraits de paroles de Bouddha et des patriarches du bouddhisme zen. Il servait à l’enseignement aux étudiants et est encore aujourd’hui considéré comme un texte majeur par l’ordre Jogye (le principal ordre bouddhique en Corée).

Le Jikji est inscrit parmi les trésors nationaux de la Corée du Sud depuis 1992. Pourtant, bien que de nombreuses personnes militent pour son retour sur ses terres natales, il est toujours conservé à la BnF ! Le problème est le même qu’avec les annales royales : il appartient au patrimoine national inaliénable de la France et ne peut donc pas être concédé à un autre pays… De plus, la BnF soutient que l’ouvrage a été acquis licitement, qu’il n’y a donc aucune obligation de le restituer et que de toute manière, il est beaucoup trop fragile pour être déplacé…

Pour cette raison, il est quasiment jamais manipulé et n’a été exposé que trois fois en tout : lors de l’exposition universelle de Paris en 1900, en 1972 à l’occasion de “l’année internationale du livre” et en 2023 pour l’exposition “Imprimer ! L’Europe de Gutenberg”. Pour compenser, il a été intégralement numérisé et est consultable en ligne.

©1histoiredecorée
Sources

La Croix, la Baleine et le Canon, la France face à la Corée au milieu du XIXe siècle de Pierre-Emmanuel Roux ; La Corée et les Missionnaires français de Adrien Launay ; Souvenir de Séoul, Corée de Maurice Courant ; Souvenir de Séoul, Destins Croisés France-Corée 1886 aux années 1950 de l’Atelier des Cahiers ; Archives Royales de Joseon et Expédition Francaise en Corée de Minje Byeng-sen Park ; France-Corée, 130 ans de relations de Li Jin-Mieung et Yi Saangkyun ; IRFA ; Présence des Missions étrangères de Paris en Corée ; Les premières relations franco-coréennes de Marc Orange ; Corée, 1886. Roman d’un voyageur ; Culture Coréenne n°90 ; Agohra ; Agohra ; Musée Guimet ; Musée Cernuschi ; CBCK ; INHA ; BnF ; BnF ; Wikipédia ; Wikipédia

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