Le Taekwondo est LE sport national de Corée ! Il s’agit de la deuxième discipline olympique que les Coréens dominent complètement (avec le tir à l’arc !).
C’est à la fois un art martial, un sport et une discipline spirituelle utilisant les poings et surtout les pieds. Sa pratique sert à renforcer la santé physique en faisant travailler l’endurance et la souplesse, mais aussi mentale. Il est notamment très efficace pour lutter contre le stress.
Ses principes fondamentaux sont le respect, la loyauté, la persévérance, la maîtrise de soi et la combativité. Et (Corée oblige) l’esthétique de la pratique revêt aussi une grande importance.
Sommaire
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Il y a deux versions sur les origines du Taekwondo : la version nationaliste qui voudrait qu’il trouve ses inspirations dans les divers arts martiaux traditionnels coréens et la version révisée qui apporte une vision plus objective.
Les premiers arts martiaux coréens se développent à la période des Trois Royaumes (Ier siècle av. JC – 668 ap. JC). À cette époque, chaque royaume développe ses propres techniques. Pour Goguryeo, les conflits récurrents avec les Mandchous et les Chinois amènent un mélange de techniques à mains nues venues du continent avec des techniques plus locales pour donner le Subak. Le royaume de Baekje met au point un art martial beaucoup plus aérien, l’ancêtre du Taekkyeon. Dans le royaume de Silla, c’est le Tang Su Do, l’art martial venu des Tang de Chine, qui se développe rapidement, notamment grâce aux populaires Hwarang (la jeunesse élitiste du royaume).
Au cours des siècles, ces arts martiaux vont donner une multitude d’écoles aux styles plus ou moins semblables qui vont tour à tour apparaître, fusionner et se perdre… Mais lors de l’occupation japonaise (1910-1945), les arts martiaux coréens sont interdits comme beaucoup d’autres aspects de la culture coréenne. À la place, les Japonais imposent leurs propres techniques, dont le Karaté. Les arts traditionnels n’ont survécu que grâce à la pratique clandestine de petits groupes.
Le Taekwondo est donc le fruit de toutes ses formes de combats, aussi bien coréennes que celles venues du Japon et de Chine.
La Naissance du Taekwondo
À la sortie de l’occupation, le président sud-coréen Syngman Rhee veut unifier toutes ces techniques de combat pour les enseigner à son armée. Il confie cette tâche au général Choi Hong-hi qui va fédérer les principales écoles d’arts martiaux en Corée du Sud dans les années 50. Il appelle ce nouvel art Taekwondo (태권도), littéralement la voie des coups de pied et des coups de poing, souvent raccourci en “la voie des pieds et des poings”. Même si le taekwondo a été fortement inspiré par le Karaté japonais, le gouvernement insiste surtout sur ses similitudes avec les anciens arts martiaux coréens, notamment par l’importance des coups de pied.
Le Taekwondo est en effet un outil de propagande extraordinaire pour le gouvernement sud-coréen qui cherche à faire naître chez la jeunesse un esprit patriotique autour de valeurs nationales.
Il était (et est toujours) enseigné à tous les soldats coréens qui se doivent d’obtenir au minimum la ceinture noire avant leur démobilisation. Il était aussi enseigné aux forces américaines stationnées dans le pays. Son enseignement était aussi obligatoire dans toutes les écoles jusque dans les années 90.
Aujourd’hui, même s’il n’y a plus d’obligation, les Dojang (lieu dans lequel on pratique le Taekwondo) sont encore très prisés des parents comme activités parascolaires pour leurs enfants. C’est à la fois une très bonne manière de les sociabiliser, d’apprendre de bonnes valeurs mais c’est aussi une garderie à moindre coût…
Un Sport, Deux Fédérations
L’association coréenne de Taekwondo (KTA) est fondée en 1959 et les différents maîtres s’efforcent de formaliser et diffuser ce nouvel art. Mais quelques années plus tard, en 1966, une scission s’opère dans la fédération : le général Choi est poussé à la porte de la présidence de la KTA.
Il fonde alors sa propre organisation : la fédération internationale de Taekwondo (ITF) à Séoul en 1966. Il la promeut à l’international de la même façon qu’il l’avait fait avant avec la KTA. Mais il est contraint à l’exil après avoir fait une démonstration en Corée du Nord (d’où il est originaire) en 1972. Pour rappel, le taekwondo étant un art de combat mis au point par le gouvernement sud-coréen, cette démonstration fut donc vue comme une trahison.
L’année suivante, les écoles sud-coréennes se regroupent pour former la fédération mondiale de Taekwondo (WTF). C’est cette dernière qui obtient la reconnaissance officielle de fédération internationale au détriment de l’ITF. C’est donc la forme portée par la WTF qui est la plus répandue de nos jours, là où la forme portée par l’ITF est essentiellement pratiquée en Corée du Nord (mais pas que).
Bien que les deux fédérations promeuvent un même sport, leurs pratiques sont en fait un peu différentes. Le Taekwondo de l’ITF est destiné aux combats réels, avec des mouvements précis et puissants alors que le Taekwondo de la WTF est un sport, visuellement plus impressionnant.
Un Sport International
Dès la création du Taekwondo, le général Choi et les différents maîtres qui l’entourent s’affairent à rendre ce nouvel art martial populaire autant dans leur pays qu’à l’étranger.
De nombreuses démonstrations à l’international sont organisées afin de faire connaître le Taekwondo et susciter l’envie d’apprendre en commençant par Taiwan et la Malaisie puis aux Etats-Unis, aux Canada…
La Corée du Sud profite d’accueillir les Jeux olympiques à Séoul en 1988 pour faire une démonstration de son Taekwondo. Une démonstration qui ferra sensation car le sport fait officiellement partie des compétitions olympiques depuis 2000. (À noter que du coup seul les licenciés de la WTF sont éligibles à concourir)
Un Sport à Trois Facettes
Il existe 3 aspects principaux à la pratique du Taekwondo : les combats ou Kyorugi (겨루기), visible aux JO, les démonstrations de casses ou Kyokpa (격파), que l’on voit lors de spectacles et servant à promouvoir la culture coréenne, et le Poomsae (품새) qui développe la beauté du geste.
Le combat
Les combats de deux adversaires sont la forme la plus connue du grand public.
Lors des compétitions, les combats ont lieu dans un espace restreint (un carré de 10×10 mètres) et les points sont donnés par trois juges positionnés en dehors de l’aire de combat. Seuls les coups portés au-dessus de la ceinture sont autorisés et les coups de poings au visage sont interdits. Le combat est divisé en 3 rounds de 2 minutes chacun dont les points s’additionnent. Des pénalités peuvent être attribuées en cas de non combativité, de chute, de sortie de l’aire de combats ou de fautes. Au bout de 4 points de pénalités, le concurrent est éliminé. En plus des points, on peut aussi être déclaré vainqueur par K.O. si l’adversaire n’est pas capable de se relever. Si on arrive à une égalité, un quatrième round se joue où le premier point marqué désigne le vainqueur.
Les combattants doivent porter en compétition une tenue traditionnelle, un dobok (도복) mais aussi toute une série de protection sur le torse, la tête, les tibias, les parties intimes et les dents. Le plastron, le casque et les chaussettes sont équipés de capteurs pour comptabiliser les points marqués de façon plus juste.
(Attention cela vaut pour les combats WTF, ceux que l’on voit pendant les JO !)
Le poomsae
Ce sont des enchaînements de postures de base, alternant les positions offensives et défensives. Lors des compétitions, les poomsae sont exécutés sur des musiques à la manière de chorégraphie. Il existe 17 poomsae reconnus mais des freestyles sont aussi performés en compétitions.
Malgré que les poomsae puissent paraître relativement simples, il faut des années d’entraînement pour complètement maîtriser un poomsae. Il requiert une maîtrise complète de ses mouvements, d’une concentration extrême ainsi que d’un rythme harmonieux. On juge de sa réussite en observant la maîtrise des gestes, le rythme, la respiration, le respect des techniques ainsi que de la concentration de l’exécutant. On parle de vivre son Poomsae.
L’aspect technique est très développé et comporte un nombre important de frappes, blocages, et projections qui n’apparaissent pas dans l’aspect combat du Tae Kwon Do.
Le kyopa
Les démonstrations de Taekwondo sont très populaires lors des festivals aussi bien en Corée qu’à l’étranger. Elles servent à démontrer l’essence des pratiquants et sont très acrobatiques ! Plus que la force brute, le but est de toujours atteindre sa cible.
Il existe des équipes spécialisées dans ce genre de Taekwondo et qui sillonnent le pays (voir le monde!) pour faire valoir la culture coréenne. Certaines ont acquis un certain succès et se tournent même maintenant vers la k-pop en proposant des covers version Taekwondo !
Les Différentes Ceintures
Les différents niveaux au Taekwondo sont divisés en 2 systèmes : les ceintures symbolisant le grade ou Keup (급) des pratiquants débutants et les Dan (단) à partir de la ceinture noire pour les pratiquants confirmés. Le nombre et la couleur des ceintures peuvent changer en fonction des fédérations nationales mais le système reste le même pour les grades les plus élevés.
Pour la fédération française, il existe 15 ceintures différentes (avant la noire) pour les enfants et 10 pour les adultes. Dans l’ordre croissant cela donne :
Un certain âge est requis pour passer chaque ceinture. Il est de 16 ans pour la ceinture noire. Si un enfant possède le niveau avant cet âge, il porte une ceinture noir et rouge. Le possesseur de ceinture noire porte aussi un col noir. Il existe 10 Dan (le 1er étant le plus faible et le 10e le plus élevé). Mais dans les faits le 10e Dan n’est décerné qu’à titre posthume de manière honorifique.
Un peu de Vocabulaire
Pour finir, voilà un peu de vocabulaire pour être complètement incollable sur le sujet !
Dobok (도복) : tenue dans lequel on pratique
Dojang (도장) : lieu dans lequel on pratique
Kihap (기합) : cri que l’on pousse pendant les mouvements (chacun est libre de choisir le sien)
Poomsae (품새) : enchaînement de techniques et de mouvements de base
Kyorugi (겨루기) : combat
Kyokpa (격파) : démonstration de casse de planches
Tti (띠) : ceinture
Keup (급) : grade (avant la ceinture noire)
Dan (단) : grade (à partir de la ceinture noire)
Gwan (관) : école
Kyosanim (교사님) : instructeur
Seonsu (선수) : pratiquant
차려 준비 시작 ! En position, prêt ? Commencez !
Visit Korea ; Keulmadang ; Visitkorea ; Kbs World ; Korea.net ; Koreaorbit.com ; Worldtaekwondo.com ; Paris2024 ; Britannica.com ; fftda.fr ; wikipedia ; wtohq.org ; wikipedia ; Croquis de Corée, Elodie Dornand et Benjamin Joinau ; Au cœur de la K-culture, Anne-Claire Duval
Merci pour cet article très intéressant. J’ai apprécié d’apprendre son histoire.
Et les vidéos et les images illustrent parfaitement le texte pour mieux comprendre.